Archives de catégorie : Histoire de la Réunion

La question raciale et le « sol libre de France » : l’affaire Furcy (Sue Peabody)

Sue Peabody – Université de l’État de Washington, Vancouver (États-Unis)

À la fin du mois de décembre 1843, les juges de la Cour royale de Paris entendirent plaider pour et contre la liberté d’un homme du nom de Furcy, que l’on prétendait être l’esclave des héritiers de Joseph Lory, planteur pratiquant la contrebande d’esclaves sur l’île de France et allié par son mariage à une riche famille créole de l’île Bourbon. Une foule nombreuse assista à ce procès et des discussions passionnées remplirent les colonnes de la presse judiciaire et des journaux abolitionnistes ; cette affaire célèbre a ensuite été à peu près oubliée, en partie du moins parce que les minutes de la Cour de cassation et de la Cour royale furent détruites durant les incendies de 1871. Assurément, l’amnésie qui a caractérisé l’époque contemporaine – jusqu’à une date très récente – concernant les rapports historiques de la France avec l’esclavage a également contribué à l’obscurité de Furcy et de sa participation à l’un des mouvements politiques les plus dramatiques de l’histoire contemporaine : l’abolition de l’esclavage. Enfin, le fait que Furcy n’ait pas été Blanc et ait été esclave la plus grande partie de sa vie n’est pas pour rien dans son invisibilité au sein de l’historiographie de l’abolitionnisme français.

L’histoire d’un homme tel que Furcy, qui a lutté devant les tribunaux français durant des décennies pour revendiquer son statut d’homme libre, remplit toutes ces conditions et, dans le même temps, nous invite à reconsidérer la signification des notions de liberté, de citoyenneté et de race au XIXe siècle. Le récit de sa vie s’enracine dans les rapports qu’entretenaient au XVIIIe siècle des régimes coloniaux et aristocratiques ; elle enjambe la période révolutionnaire et montre les efforts communs que firent, après la défaite de Napoléon, des hommes d’ascendance mêlée pour recourir aux nouveaux discours et aux nouveaux dispositifs légaux du nationalisme républicain afin d’affirmer leur humanité. Que ces histoires aient été éclipsées, jusqu’à une époque récente, par le récit des initiatives que prirent politiciens et réformateurs pour abolir l’esclavage, cela indique à la fois la difficulté d’exhumer les documents relatifs à leur vie et une tendance – peut-être inconsciente – à favoriser, parmi les acteurs du mouvement abolitionniste, ceux qui appartiennent aux élites.

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SourcePeabody Sue, « La question raciale et le « sol libre de France » : l’affaire Furcy », Annales. Histoire, Sciences Sociales 6/ 2009 (64e année), p. 1305-1334
URL : www.cairn.info/revue-annales-2009-6-page-1305.htm.

La famille esclave à Bourbon (Gilles Gérard)

Thèse de Gilles Gérard à l’Université de la Réunion en 2011.
Pour lire la thèse en entier : https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01038011/document

Résumé : De la fin du XVIIème siècle jusqu’à l’abolition de 1848, l’île Bourbon, dans le Sud-Ouest de l’océan Indien, a connu un système esclavagiste marqué par une codification et des pratiques des différents pouvoirs dévalorisant ou niant les structures familiales des esclaves. A côté d’autres moyens de résistances serviles comme le marronnage ou la révolte, il apparaît, grâce à la reconstruction des familles esclaves, que ces formes d’organisation ont permis à une population provenant de razzias en Afrique ou à Madagascar, puis fortement créolisée, de retrouver son humanité, en investissant le champ de la parenté dont les pouvoirs civils ou religieux la privaient. Si un nombre restreint de familles furent reconnues, comme à l’époque de la Compagnie des Indes, la majorité des esclaves vécurent au sein de familles marrons, ignorées et méprisées. Elles apparaitront au grand jour après l’abolition de l’esclavage en 1848. La natalité fut reconnu importante au sein du groupe des esclaves mais accompagnée d’une forte mortalité infantile. Lieu privilégié de transmissions de valeurs culturelles et linguistiques, la famille esclave, quelles qu’en soient les formes, a permis à de très nombreux esclaves de survivre à un système inhumain, les exclus de la parenté appartenant essentiellement aux groupes ayant connu la destruction de leur système familial, à Madagascar ou en Afrique.

[LIVRE] Famiy maron ou la famille esclave à Bourbon, Gilles Gérard

Cet ouvrage démontre l’existence de structures familiales durant toute la période de l’esclavage à Bourbon (île de La Réunion) et propose une analyse sur la fonction de ces familles basée sur la résistance à l’esclavage. En opposition à l’idéologie esclavagiste qui niait la parenté chez les esclaves, ces derniers, Malgaches ou Africains dans un premier temps puis progressivement Créoles grâce aux nombreuses naissances, ont créé des structures familiales méprisées ou ignorées par les maîtres. L’abolition de l’esclavage en 1848 permettra l’apparition au grand jour de ces milliers de familles maron, socle de la société créole d’aujourd’hui. Elles sont l’expression de leur humanité bafouée.

Famiy maron ou la famille esclave à Bourbon, Gilles Gérard, préface de Sudel Fuma, L’Harmattan, 2012

Livre tiré de la thèse « La famille esclave à Bourbon » de Gilles Gérard, consultable ici :

https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01038011/document

[LIVRE] Le 20 décembre 1848 et sa célébration à la Réunion : Du déni à la réhabilitation (1848-1980). Prosper Eve

L’abolition de l’esclavage, le 20 décembre 1848 à la Réunion, a été vraiment souhaitée par les esclaves et non par les maîtres. L’auteur tente d’enrichir le débat en campant le décor de cette fête. Après voir montré que cet événement n’a pas été désiré par les colons, il suit le long cheminement de la commémoration de cette date, de 1849 à l’arrivée de la gauche au pouvoir en France en 1981.

Le 20 décembre 1848 et sa célébration à la réunion : Du déni à la réhabilitation (1848-1980), Prospère Eve, L’Harmattan, 2003

[LIVRE] Naître et mourir à l’île bourbon à l’époque de l’esclavage. (Prosper Eve)

En partant des réalités telles qu’elles se présentent, Porsper Eve décrit l’évolution et les structures de la population de l’île Bourbon (aujourd’hui la Réunion) avant d’analyser les trois composantes essentielles des comportements démographiques : la nuptialité, la natalité et la mortalité.

Naître et mourir à l’ile bourbon à l’époque de l’esclavage, Prosper Eve, L’Harmattan, 2000

Source : http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=8819

La société bourbonnaise (Prosper Eve)

De la société paysanne traditionnelle à régime seigneurial à la société de plantation

La France d’Ancien Régime est un pays rural. Les villes, au début du XVIIe siècle, groupent au maximum 15 à 16 % de la population. Ruraux, les Français sont d’abord paysans. Ceux-ci vivent à l’intérieur de cadres socio-économiques et socio-politiques hérités d’un long passé dont les trois principaux sont : le cadre agraire, le cadre paroissial et le cadre seigneurial. Le roi de France en colonisant Bourbon, ne peut nourrir d’autre ambition que d’y voir naître une société paysanne traditionnelle bâtie sur le modèle français. Pour favoriser l’implantation de migrants français, il choisit d’attribuer à titre gratuit la terre à quiconque décide de la défricher, d’organiser le terroir, de mettre en valeur le sol, donc d’aménager le cadre agraire. Il laisse au clergé le soin d’harmoniser le cadre paroissial, car aucune autre religion que le catholicisme ne peut y être pratiquée théoriquement. Par contre, il met d’office en place le cadre seigneurial. Fait original, en tant que propriétaire éminent de l’île, le roi ne la divise pas en plusieurs seigneuries. Il confie l’île entière à un seul seigneur : la Compagnie Française des Indes Orientales, une société commerciale. Ce seigneur qui exploite l’île au nom du roi, attribue aux colons pendant les vingt-cinq premières années de colonisation, des exploitations sans contrat, et les traite en simples employés de la Compagnie.[…]

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L’enseignement de l’esclavage et de la traite à la Réunion (Albert Jauze, 2009)

(Communication faite par Albert Jauze, docteur en Histoire moderne, Université de La Réunion, au colloque « Bridging Two Oceans » (la traite et l’esclavage dans l’océan Indien et Atlantique), Iziko Slave Lodge, Cape Town, Afrique du Sud, 19-22 novembre 2009. Avec la participation du CRESOI, Université de La Réunion.)

Les instructions officielles du ministère français de l’Education comportent depuis quelques années l’étude de l’esclavage et de la traite au collège et au lycée. Dans les manuels des élèves de métropole, on ne parle que de la traite atlantique. La Réunion présente parmi les départements français d’outre-mer un cas particulier : c’est le seul situé dans l’océan Indien. Des travaux et des publications pédagogiques fondées sur les recherches des historiens ont été réalisés pour les élèves de l’Académie de La Réunion. Nous nous proposons de présenter cette problématique et quelques exemples de réalisation.

Préambule

La France comme les autres pays européens a participé à la traite négrière et a recouru à l’esclavage depuis qu’elle a entamé des conquêtes coloniales. De nos jours, quatre de ses anciennes colonies sont devenues des départements d’outre-mer, la Guadeloupe et la Martinique dans les Antilles, la Guyane en Amérique du Sud, et La Réunion. De quelle manière sont traités l’enseignement de la traite et de l’esclavage d’une part en métropole et d’autre part à l’île de La Réunion, le seul département d’outre-mer qui soit situé dans l’océan Indien ?

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La Réunion : 1848-1914. La société de plantation dans la deuxième moitié du XIX siècle. L’ère de la révolution industrielle (Sudel FUMA)

Dans l’Histoire coloniale de La Réunion, les années 1848-1914 représentent une période charnière commençant avec l’abolition de l’esclavage et la proclamation de la seconde République et se poursuivant par l’arrivée des engagés indiens et africains, la chute de Napoléon III, l’avènement de la IIIème République, l’apogée et la crise de l’industrie sucrière…

En un demi-siècle, la colonie de La Réunion connaît une accélération de son histoire qui se caractérise par les effets socio-économiques de l’abolition de l’esclavage et l’apprentissage difficile de la liberté par les anciens esclaves. Les 62 000 personnes libérées par le décret d’abolition de l’esclavage représentant 60 % de la population locale de l’Ile, désertent les grandes plantations dans les années qui suivent l’émancipation et sont remplacées par une nouvelle main-d’œuvre, arrachée à son tour au continent africain et asiatique. Entre les années 1848 et 1870, L’Inde et l’Afrique de l’Est deviennent les réservoirs de bras d’une colonie en pleine mutation entre les années 1848 et 1882.

Dans cette même période, la production sucrière qui a connu une progression rapide, passant de 28 000 tonnes de sucre en 1848 à 73 000 tonnes en 1863, entre dans un cycle de crise durable qui se prolonge jusqu’à la 1ère guerre mondiale. La révolution industrielle ouvre l’ère du capitalisme colonial. Une longue crise économique après 1863 ébranle les structures profondes du monde colonial ruinant les grandes familles locales qui ont dû investir d’importantes sommes dans l’achat de machines à sucre coûteuses pour conserver leur suprématie après l’abolition de l’esclavage. L’évolution vers une économie capitaliste, compétitive et rentable, a abouti à une véritable concentration industrielle et foncière après l’abolition de l’esclavage. Après 1863 commence le temps du marasme pendant lequel tout l’édifice économique de la plantation s’écroule au point de ramener l’Ile vingt ans en arrière par rapport aux années fastes de son histoire sucrière. Comme au XVIIIème siècle après la crise du café, l’Ile vit des moments difficiles et sombres avec la ruine de ses grands propriétaires et l’appauvrissement général de la population. L’implantation de la société du Crédit Foncier Colonial, puissante société parisienne de crédit qui a prêté des sommes considérables aux grandes familles de l’Ile, accroît la dette extérieure, ruinant ses débiteurs dans le dernier tiers du XIXème siècle. Après une série d’expropriations, la société du Crédit Foncier Colonial devient elle-même une société agricole et industrielle installée dans la colonie. L’abolition de l’esclavage, l’engagisme, le développement de la Société de plantation, l’apogée et la crise du sucre font des années 1870-1914 une période charnière, transition entre tradition et modernité, où s’entrechoquent les paradoxes et les contradictions d’une société coloniale en pleine mutation.

Sommaire

Chapitre 1 : La seconde république et l’abolition de l’esclavage.

I – l’abolition de l’esclavage à la Réunion : un idéal républicain…

II – la difficile conquête de la liberté…

Chapitre 2 : Nouvelle servitude, engagisme et second empire

I – la résistance passive des affranchis de 1848

II – immigration libre ou nouvelle main-d’œuvre servile ?

Chapitre 3 : Révolution industrielle et révolution sucrière à la Réunion au XIXème siecle
I – la révolution industrielle a la Réunion.

II – une économie de plantation

Chapitre 4 : De la naissance de la IIIème republique a la première guerre mondiale : le difficile apprentissage de la démocratie.
I – une république désirée.
II – une république qui se cherche…

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[VIDEO] Une enfance en exil : documentaire sur les « enfants réunionnais de la Creuse » (William Cally)

Emission « Le grand débat » diffusé le 29 mai 2013, avec le documentaire « une enfance en exil », suivi d’un débat avec quelques réunionnais rescapés de cette tragédie.

L’émission Le Grand Débat donne la parole à ces « enfants de la DDASS » qui ont brutalement été confrontés à des conditions de vie totalement différentes de celles auxquelles ils étaient habitués sur leur île natale. Certains se sont constitués, une fois majeurs, en association pour exiger réparations de ce déracinement.

William Cally dans son documentaire « une enfance en exil », présenté en début d’émission, revient sur le parcours des enfants réunionnais transférés vers diverses régions de France dans le cadre de la politique migratoire conduite par Michel Debré

Jean-Marc Collienne a réuni sur le plateau de Réunion 1ère quelques uns de ces réunionnais qui ont témoigné de ce qu’ils ont vécu.

Source : http://reunion.la1ere.fr/emissions/le-grand-debat/actu/le-grand-debat-du-29-mai-sur-les-enfants-de-la-creuse.html

Partie 1

Partie 2

Partie 3