Archives de catégorie : Histoire de la Réunion

[VIDEO] La postcolonialité à la Réunion (Françoise Vergès)

Plan :
– Introduction
– La Réunion dans l’océan Indien avant la colonisation française
– L’arrivée des européens
– Le processus de créolisation
– 1848
– L’oubli imposé
– De 1946 à nos jours
– Contribution aux grands débats contemporains
– Conclusion

Enregistrement réalisé lors de la rencontre Couleur Saphir N°96, organisée par l’Association réunionnaise communication et culture le 3 juin 2005 à Paris

« La Réunion est en situation postcoloniale : la postcolonialité n’est pas simplement l’indépendance nationale mais un dépassement de la problématique anti-coloniale telle qu’elle s’est articulée dans les années 1960. La postcolonialité réunionnaise pose la question de la citoyenneté , d’une citoyenneté obtenue de longue date et en interroge la conception normalienne, révélant son histoire conflictuelle et d’exclusion masquées (femmes, colonisés exclus des droits civiques et sociaux). Elle pose la question de la place et du rôle de la colonie dans l’élaboration de l’identité nationale française, de la doctrine républicaine, et de l’image que la France se fait d’elle-même. La colonie en tant que telle est constitutive de la nation française, elle n’en est pas un surplus ou son ailleurs déraisonnable. »

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=GIlP1iRvTi4]

Sourcehttp://www.sudoc.abes.fr/DB=2.1/SRCH?IKT=12&TRM=134076281

La France et la première abolition de l’esclavage (1794-1802) [le cas des colonies orientales, île de France (Maurice) et la Réunion]

Une somme. Dans le flot des ouvrages et essais qui ont accompagné la «Commémoration» du 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, le gros livre de Claude Wanquet se signale par la largeur de ses vues, qui débordent de loin le seul cas des colonies orientales, et l’extrême précision de ses analyses. Largeur de vues? Telles sont les trente premières pages du livre qui balaient la question des processus conduisant au décret du 16 pluviôse an II aussi bien que la cinquième partie (pp. 529 à 648) qui traite de la longue hésitation de Bonaparte entre appliquer l’abolition et sa révocation, point d’arrivée de «l’inexorable dérive esclavagiste du régime consulaire» (p. 635). Extrême précision érudite des analyses? Tout ce qui concerne l’histoire propre des Mascareignes auxquelles, en raison même de la prédominance des problèmes posés par les colonies occidentales, Saint-Domingue mais aussi la Martinique, la Guadeloupe et les autres Antilles, on n’avait jusqu’alors accordé que trop peu d’importance. Il est vrai que leur commerce avec la France n’avait rien de comparable à celui qui liait la métropole aux colonies occidentales. Mais ce qu’on découvre à lire le Wanquet, c’est l’étonnante habileté (la «virtuosité» écrit l’auteur) avec laquelle les colons des îles de l’océan Indien savent jouer des ambiguïtés d’un discours qui n’exclut pas de prendre en considération les thèses abolitionnistes, qui affiche sans hésiter profession de foi patriotique voire républicaine – notamment à propos de la menace anglaise – mais n’en exige pas moins des lois particulières pour les colonies, conduisant à préserver «transitoirement» l’esclavage jusqu’à la mise en place de mesures propres à indemniser les propriétaires et à réorienter l’économie des Mascareignes.

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Le patriotisme au lycée de Saint-Denis de La Réunion avant la Grande Guerre (1870-1914)

Par Pierre-Éric Fageol, Université de la Réunion

Résumé : À La Réunion, l’école de la Troisième République s’est investie dans un processus d’acculturation nationale où les valeurs patriotiques et civiques ont été mises à l’honneur. L’affermissement du sentiment d’appartenance nationale s’est donc inscrit progressivement dans un patrio-bellicisme et dans une reconnaissance des bienfaits de la Nation pour les jeunes élèves de la colonie. Le lycée de Saint-Denis, établissement modèle accueillant les élites réunionnaises, a été l’objet à cet égard d’une attention particulière de la part des autorités coloniales. Durant la remise des prix effectuée chaque année avant les vacances scolaires, les élèves recevaient ainsi une dernière leçon édifiante d’instruction civique rappelant les fondements de la Nation et les devoirs inhérents au patriotisme.

Source : CAIRN
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[Livre] Histoire des Petits-Blancs de La Réunion

A lire les guides de voyage, les Petits-Blancs confèrent à La Réunion une originalité unique parmi les îles créoles. L’existence des Petits-Blancs comme composante de la population réunionnaise a été ainsi promue curiosité locale à ne pas manquer. Pourtant la réalité de l’existence d’un groupe particulier, désigné par le qualificatif de Petits-Blancs, est aujourd’hui objet de contestations. Des chercheurs se sont interrogés, il y a peu, sur la pertinence d’une appellation qui serait le fruit d’une invention tardive de l’idéologie coloniale pour conférer à La Réunion un label d’origine française. Les Petits-Blancs sont-ils donc l’invention d’un discours colonial soucieux de légitimer le caractère français de l’île et de conforter les liens avec la métropole ? Face à ces questions légitimes, cet ouvrage constitue une contribution essentielle.

Alexandre Bourquin, Histoire des Petits-Blancs de La Réunion, Karthala, 2005

Source : http://www.karthala.com/1532-histoire-des-petits-blancs-de-la-reunion.html

Le premier syndicalisme réunionnais (1887-1911) , Prosper Eve

Prosper Eve, Professeur d’Histoire à la Réunion.

En mai 1853, le syndicat général des immigrants naît. Le personnel se compose d’un syndic général et dans chaque commune, un syndic communal est placé sous ses ordres. Le syndic général exerce ses fonctions sous la haute bienveillance du directeur de l’Intérieur. Il est le représentant légal de tous les immigrants asiatiques et africains, dans tous les cas où ils ont des réclamations à faire pour l’exécution de leurs contrats d’engagement. Le plaignant doit s’adresser au syndic communal lequel transmet sa plainte au syndic général. Ce dernier doit faire deux tournées par an dans toute la colonie pour visiter les propriétés ayant au moins vingt engagés. Il veille à l’application de toutes les prescriptions concernant le logement, la nourriture, les vêtements, le paiement des salaires, la tenue des hôpitaux, la discipline des ateliers, la durée du travail, la corvée du dimanche. Il dresse un procès verbal si ces prescriptions ne sont pas suivies. Si les infractions au contrat d’engagement sont commises par un ou plusieurs immigrants et si le syndic général juge que les moyens de conciliation sont insuffisants, il adresse un procès-verbal au juge de paix du canton dans un délai de vingt-quatre heures. En cas de délit grave, le syndic général peut faire arrêter les immigrants coupables et les adresser au juge de paix du canton. Il peut faire des visites extraordinaires dont la durée est fixée par le directeur de l’Intérieur.

L’arrêté du 30 août 1860 concernant la répartition des immigrants à leur arrivée et le régime de leur protection dans la colonie porte création d’un syndicat protecteur des immigrants au chef-lieu de chaque arrondissement. Il est composé du procureur impérial ou d’un de ses substituts, assisté d’un avocat ou d’un avoué désigné chaque année par la cour, d’un conseiller municipal désigné par le gouverneur. Ce syndicat est chargé d’assister les immigrants dans leurs recours judiciaires. Il peut poursuivre d’office devant les tribunaux la résiliation des engagements lorsque les conditions d’hygiène et de salubrité ne sont pas observées à l’égard des immigrants. Des syndics sont institués auprès de chaque justice de paix. Le syndicat d’arrondissement reçoit par l’intermédiaire des syndics cantonaux les plaintes et les réclamations des immigrants pouvant aboutir à une action judiciaire.

Au milieu du XIXe siècle, même si le mot syndicat fait partie du vocabulaire local, son acception est assez particulière. Il ne s’agit pas d’une « association permanente de salariés qui se propose de défendre et d’améliorer leur contrat de travail » ou d’une « association ayant pour objet la défense d’intérêts professionnels » et encore moins « d’une association permanente des ouvriers ayant pour but le maintien et l’amélioration de la classe ouvrière ». Il s’agit seulement d’une structure chargée d’éviter les abus de la part des engagistes et des engagés et de protéger ces derniers

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Les premiers députés de La Réunion à l’Assemblée Nationale à l’époque révolutionnaire (1790/1798)

par Claude WANQUET, 26/10/1993 (source)

Parmi les passagers qui, le 15 août 1791, débarquent à Lorient d’un navire en provenance des Indes orientales figure un certain Louis-Marie Bertrand. Le personnage apparaît peu dans l’historiographie traditionnelle et pourtant il eut la double originalité d’être le premier député de Bourbon à l’Assemblée nationale et le seul représentant de l’Outre-Mer à la Législative (au moins officiellement).

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[LIVRE] Les sept dernières années du régime colonial à La Réunion (1939-1946) – Prosper Eve

Deux mondes s’affrontent à La Réunion jusqu’en 1939. Les maîtres du jeu économique (gros propriétaires fonciers, la plupart usiniers, moyens propriétaires, gros commerçants, quelques membres des professions libérales) usent de la fraude pour rester les maîtres du jeu politique qu’ils contrôlent depuis que le suffrage universel masculin existe. La couche des défavorisés composée de tous les petits (planteurs, colons, ouvriers des champs, haleurs de pioche, coupeurs de canne, dockers, cheminots, ouvriers d’usines, becqueurs de clé) est confrontée à la même réalité de misère et souhaite que les réformes sociales entreprises en métropole trouvent droit de cité à La Réunion. En adoptant en 1936 le slogan « La Réunion – département français », les travailleurs syndiqués du second monde, soutenus par des fonctionnaires, manifestent un fort désir de changer leurs conditions de vie.

Les forces conservatrices ont plus que jamais peur de perdre leur ascendant sur eux et surtout de devoir payer de nouveaux impôts. L’épreuve de la Seconde Guerre sert-elle finalement la cause des plus humbles ? C’est ce que tente d’analyser Prosper Eve dans cet ouvrage.

Prosper Eve, Les sept dernières années du régime colonial à La Réunion (1939-1946), Karthala, 2005

Source : http://www.karthala.com/1612-les-sept-dernieres-annees-du-regime-colonial-a-la-reunion-1939-1946-9782845866546.html 

 

L’esclavage et le marronnage à la Réunion (Sudel Fuma)

L’histoire de l’esclavage à La Réunion, malgré les recherches universitaires récentes, n’a pas encore révélé tous ses secrets. S’il est vrai que le passé de la population est très jeune et offre la particularité de partir d’un « terminus a quo », il existe toutefois de vastes zones d’ombres que les chercheurs ont du mal à dissiper et qui sont celles de l’arrivée des premiers hommes dans cette Île.

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Le servilisme à la place du concept d’engagisme pour définir le statut des travailleurs immigrés ou affranchis après l’abolition de l’esclavage en 1848. (Sudel Fuma)

 Le concept d’Engagisme fondé sur les nombreux textes juridiques élaborés tout au long du XIXème siècle par les autorités coloniales ( locales ou nationales ) est-il utilisé à bon escient pour définir la situation juridique des travailleurs engagés immigrants ou affranchis des colonies françaises au XIXème siècle ?

 

En effet, jusqu’à ce jour, les historiens ont employé cette notion  d’engagisme pour qualifier la nature du travail des individus concernés par l’existence d’un contrat de travail  et donc d’un consentement de deux parties qui s’obligent pour exécuter leurs engagements réciproques. Théoriquement, la notion d’engagisme suppose l’existence d’un contrat synallagmatique ( d’un verbe grec signifiant : lier ensemble ) ou bilatéral contenant l’engagement des contractants. Dans ce contrat synallagamatique, les obligations de l’engagé et de l’engagiste sont interdépendantes et impliquent le respect des clauses du contrat. De plus, pour que le contrat soit juridiquement fondé, il est nécessaire que l’engagement soit volontaire et oblige les deux parties parce qu’il a été voulu. Le contrat d’engagement ayant été librement consenti, il devient nécessairement juste et donc juridiquement fondé au regard du droit. Parmi les conditions pouvant  justifier la réalité du contrat, le consentement et la capacité de contracter sont déterminantes pour justifier l’emploi de la notion d’engagisme. De plus le respect des clauses et à contrario le fait que le consentement ne soit pas vicié par l’erreur, la violence ou le dol sont des conditions impératives pour justifier l’emploi de ce concept d’engagisme… Or l’analyse historique des conditions dans lesquels sont recrutés les travailleurs nous amène à dénoncer le terme « d’engagisme » et à proposer son remplacement par un nouveau concept : celui de  « servilisme » qui nous semble plus apte à traduire la véritable situation des travailleurs de la colonie, immigrés ou non, au XIXème siècle.

 

Trois éléments  constitutifs sont à la base de notre raisonnement et nous permettent de revisiter l’histoire des travailleurs dit « libres et affranchis » à partir d’une définition conceptuelle – le servilisme – qui écarte l’idée contractuelle contenue dans le concept d’engagisme. Ils sont les suivants :

– Le caractère discriminatoire des contrats d’engagement.

– La violence exercée sur l’esclave libéré dans le cadre du « rachat préalable ».

– Le caractère dolosif des contrats.

 

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