La Réunion, Madagascar, îles d’Afrique ? (V. Capdepuy, CRESOI, Tsingy, 2011)

Extrait :

Ces îles apparaissent, plus ou moins clairement, sur le drapeau de l’Union africaine (Fig. 1) : Madagascar, les Comores, les Seychelles… La liste ne s’arrête pas là et la délimitation de l’Afrique est en réalité très extensive puisqu’elle inclut aussi bien Maurice, île de l’océan Indien, membre à part entière de l’Union africaine, et Sainte-Hélène, île située au milieu de l’océan Atlantique, possession britannique. De ce point de vue, la position officielle de l’Union africaine est même clairement «possessive » à l’égard de certaines d’entre elles, puisque, dans la logique de la décolonisation originelle, elle déclare que plusieurs îles sont des territoires occupés par des puissances étrangères. C’est du moins ainsi que sont désignées dans le Plan stratégique adopté en 2004, les Chagos, Sainte-Hélène, les Canaries, les Açores, Madère, La Réunion et Mayotte, à quoi sont jointes Ceuta et Melilla, qui ne sont pas des îles, mais pourraient au demeurant s’apparenter à des espaces insulaires.

C’est donc cette question des îles et de la délimitation du continent africain que j’aborderai ici, et ce sous trois angles différents :

1) une approche métagéographique : il serait illusoire de croire qu’il existe une réalité géographique intemporelle et l’Afrique en tant que découpage spatial doit être historicisée dans une archéologie du savoir ;
2) une approche géopolitique : l’Afrique comme projet politique d’union des peuples pose la question du continentalisme, idéologie politique apparentée au nationalisme, mais transposée à l’échelle continentale ;
3) une approche historique globale : l’étude de deux exemples, Madagascar et La Réunion, permet d’appréhender l’histoire des liens entre ces îles, les autres peuples d’Afrique et ceux de l’Eufrasie de manière générale, aboutissant ainsi à une remise en question d’une lecture continentaliste de l’histoire.

LA RÉUNION, MADAGASCAR, ÎLES D’AFRIQUE ?
Sommaire :
I. L’AFRIQUE ET SES ÎLES (UNE APPROCHE MÉTAGÉOGRAPHIQUE)
1) L’Afrique, un continent quasi-insulaire
2) Les îles d’Afrique
II. AFRIQUE ET CONTINENTALISME (UNE APPROCHE GÉOPOLITIQUE)
1) Le continentalisme africain
2) L’Afrique Noire
3) La négritude
4) Les cas de Madagascar et de La Réunion
III. MADAGASCAR, LA RÉUNION, DES ÎLES AFRICAINES ?
(UNE APPROCHE HISTORIQUE GLOBALE)
1) Madagascar
a) Une île d’Austronésie ?
b) Une île d’Afrique orientale ?
c) Dans le « couloir swahili » ?
d) Sur la route des Indes ?
e) Une île des Caraïbes ?
f) Une colonie de l’Afrique française ?
2) La Réunion
a) Une île de nulle part ?
b) Une île des Antilles ?
c) L’engagisme, l’insertion dans l’océan Indien
e) Une île d’Europe ?
CONCLUSION

Source : https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00626338/document

Article complet :

Capdepuy_2011_Madagascar_La_RA_union_A_les_d_Afrique

[LIVRE] L’esclavagisme à la Réunion, 1794-1848 (Sudel Fuma)

1794-1848 : 54 années s’écoulent pendant lesquelles plus de 62 000 esclaves de l’île de Bourbon attendent l’émancipation proclamée par le décret de la Convention du 2 février 1794 ; un décret jamais appliqué dans les Colonies françaises des mers de l’Inde. L’esclavage, institutionnalisé à Bourbon par le Code Noir en 1723, reste jusqu’au 20 décembre 1848, date effective de la libération des esclaves à Bourbon, le fondement du système économique et social d’une population conservatrice, refusant les valeurs des philosophes des Lumières et attachée à un ordre colonial marqué par l’inégalité de ses composantes raciales.

Notes bibliographiques

L’auteur de cet ouvrage – Sudel FUMA – Maître de Conférences à l’Université de La Réunion, analyse ici les conditions de vie des travailleurs de la plantation, esclaves, premiers engagés et affranchis de l’île de La Réunion dans la première moitié du XIXe siècle. Prolongement des recherches effectuées pour sa thèse d’Etat, soutenue en 1988, son travail est une nouvelle contribution à une approche scientifique de l’histoire de l’esclavage dans les Colonies françaises.

 L’esclavagisme à la Réunion, Sudel Fuma, L’Harmattan, 1992

La question raciale et le « sol libre de France » : l’affaire Furcy (Sue Peabody)

Sue Peabody – Université de l’État de Washington, Vancouver (États-Unis)

À la fin du mois de décembre 1843, les juges de la Cour royale de Paris entendirent plaider pour et contre la liberté d’un homme du nom de Furcy, que l’on prétendait être l’esclave des héritiers de Joseph Lory, planteur pratiquant la contrebande d’esclaves sur l’île de France et allié par son mariage à une riche famille créole de l’île Bourbon. Une foule nombreuse assista à ce procès et des discussions passionnées remplirent les colonnes de la presse judiciaire et des journaux abolitionnistes ; cette affaire célèbre a ensuite été à peu près oubliée, en partie du moins parce que les minutes de la Cour de cassation et de la Cour royale furent détruites durant les incendies de 1871. Assurément, l’amnésie qui a caractérisé l’époque contemporaine – jusqu’à une date très récente – concernant les rapports historiques de la France avec l’esclavage a également contribué à l’obscurité de Furcy et de sa participation à l’un des mouvements politiques les plus dramatiques de l’histoire contemporaine : l’abolition de l’esclavage. Enfin, le fait que Furcy n’ait pas été Blanc et ait été esclave la plus grande partie de sa vie n’est pas pour rien dans son invisibilité au sein de l’historiographie de l’abolitionnisme français.

L’histoire d’un homme tel que Furcy, qui a lutté devant les tribunaux français durant des décennies pour revendiquer son statut d’homme libre, remplit toutes ces conditions et, dans le même temps, nous invite à reconsidérer la signification des notions de liberté, de citoyenneté et de race au XIXe siècle. Le récit de sa vie s’enracine dans les rapports qu’entretenaient au XVIIIe siècle des régimes coloniaux et aristocratiques ; elle enjambe la période révolutionnaire et montre les efforts communs que firent, après la défaite de Napoléon, des hommes d’ascendance mêlée pour recourir aux nouveaux discours et aux nouveaux dispositifs légaux du nationalisme républicain afin d’affirmer leur humanité. Que ces histoires aient été éclipsées, jusqu’à une époque récente, par le récit des initiatives que prirent politiciens et réformateurs pour abolir l’esclavage, cela indique à la fois la difficulté d’exhumer les documents relatifs à leur vie et une tendance – peut-être inconsciente – à favoriser, parmi les acteurs du mouvement abolitionniste, ceux qui appartiennent aux élites.

L’article complet :

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SourcePeabody Sue, « La question raciale et le « sol libre de France » : l’affaire Furcy », Annales. Histoire, Sciences Sociales 6/ 2009 (64e année), p. 1305-1334
URL : www.cairn.info/revue-annales-2009-6-page-1305.htm.

La famille esclave à Bourbon (Gilles Gérard)

Thèse de Gilles Gérard à l’Université de la Réunion en 2011.
Pour lire la thèse en entier : https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01038011/document

Résumé : De la fin du XVIIème siècle jusqu’à l’abolition de 1848, l’île Bourbon, dans le Sud-Ouest de l’océan Indien, a connu un système esclavagiste marqué par une codification et des pratiques des différents pouvoirs dévalorisant ou niant les structures familiales des esclaves. A côté d’autres moyens de résistances serviles comme le marronnage ou la révolte, il apparaît, grâce à la reconstruction des familles esclaves, que ces formes d’organisation ont permis à une population provenant de razzias en Afrique ou à Madagascar, puis fortement créolisée, de retrouver son humanité, en investissant le champ de la parenté dont les pouvoirs civils ou religieux la privaient. Si un nombre restreint de familles furent reconnues, comme à l’époque de la Compagnie des Indes, la majorité des esclaves vécurent au sein de familles marrons, ignorées et méprisées. Elles apparaitront au grand jour après l’abolition de l’esclavage en 1848. La natalité fut reconnu importante au sein du groupe des esclaves mais accompagnée d’une forte mortalité infantile. Lieu privilégié de transmissions de valeurs culturelles et linguistiques, la famille esclave, quelles qu’en soient les formes, a permis à de très nombreux esclaves de survivre à un système inhumain, les exclus de la parenté appartenant essentiellement aux groupes ayant connu la destruction de leur système familial, à Madagascar ou en Afrique.

[LIVRE] Famiy maron ou la famille esclave à Bourbon, Gilles Gérard

Cet ouvrage démontre l’existence de structures familiales durant toute la période de l’esclavage à Bourbon (île de La Réunion) et propose une analyse sur la fonction de ces familles basée sur la résistance à l’esclavage. En opposition à l’idéologie esclavagiste qui niait la parenté chez les esclaves, ces derniers, Malgaches ou Africains dans un premier temps puis progressivement Créoles grâce aux nombreuses naissances, ont créé des structures familiales méprisées ou ignorées par les maîtres. L’abolition de l’esclavage en 1848 permettra l’apparition au grand jour de ces milliers de familles maron, socle de la société créole d’aujourd’hui. Elles sont l’expression de leur humanité bafouée.

Famiy maron ou la famille esclave à Bourbon, Gilles Gérard, préface de Sudel Fuma, L’Harmattan, 2012

Livre tiré de la thèse « La famille esclave à Bourbon » de Gilles Gérard, consultable ici :

https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01038011/document

[LIVRE] Le 20 décembre 1848 et sa célébration à la Réunion : Du déni à la réhabilitation (1848-1980). Prosper Eve

L’abolition de l’esclavage, le 20 décembre 1848 à la Réunion, a été vraiment souhaitée par les esclaves et non par les maîtres. L’auteur tente d’enrichir le débat en campant le décor de cette fête. Après voir montré que cet événement n’a pas été désiré par les colons, il suit le long cheminement de la commémoration de cette date, de 1849 à l’arrivée de la gauche au pouvoir en France en 1981.

Le 20 décembre 1848 et sa célébration à la réunion : Du déni à la réhabilitation (1848-1980), Prospère Eve, L’Harmattan, 2003

[LIVRE] Naître et mourir à l’île bourbon à l’époque de l’esclavage. (Prosper Eve)

En partant des réalités telles qu’elles se présentent, Porsper Eve décrit l’évolution et les structures de la population de l’île Bourbon (aujourd’hui la Réunion) avant d’analyser les trois composantes essentielles des comportements démographiques : la nuptialité, la natalité et la mortalité.

Naître et mourir à l’ile bourbon à l’époque de l’esclavage, Prosper Eve, L’Harmattan, 2000

Source : http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=8819

La société bourbonnaise (Prosper Eve)

De la société paysanne traditionnelle à régime seigneurial à la société de plantation

La France d’Ancien Régime est un pays rural. Les villes, au début du XVIIe siècle, groupent au maximum 15 à 16 % de la population. Ruraux, les Français sont d’abord paysans. Ceux-ci vivent à l’intérieur de cadres socio-économiques et socio-politiques hérités d’un long passé dont les trois principaux sont : le cadre agraire, le cadre paroissial et le cadre seigneurial. Le roi de France en colonisant Bourbon, ne peut nourrir d’autre ambition que d’y voir naître une société paysanne traditionnelle bâtie sur le modèle français. Pour favoriser l’implantation de migrants français, il choisit d’attribuer à titre gratuit la terre à quiconque décide de la défricher, d’organiser le terroir, de mettre en valeur le sol, donc d’aménager le cadre agraire. Il laisse au clergé le soin d’harmoniser le cadre paroissial, car aucune autre religion que le catholicisme ne peut y être pratiquée théoriquement. Par contre, il met d’office en place le cadre seigneurial. Fait original, en tant que propriétaire éminent de l’île, le roi ne la divise pas en plusieurs seigneuries. Il confie l’île entière à un seul seigneur : la Compagnie Française des Indes Orientales, une société commerciale. Ce seigneur qui exploite l’île au nom du roi, attribue aux colons pendant les vingt-cinq premières années de colonisation, des exploitations sans contrat, et les traite en simples employés de la Compagnie.[…]

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L’enseignement de l’esclavage et de la traite à la Réunion (Albert Jauze, 2009)

(Communication faite par Albert Jauze, docteur en Histoire moderne, Université de La Réunion, au colloque « Bridging Two Oceans » (la traite et l’esclavage dans l’océan Indien et Atlantique), Iziko Slave Lodge, Cape Town, Afrique du Sud, 19-22 novembre 2009. Avec la participation du CRESOI, Université de La Réunion.)

Les instructions officielles du ministère français de l’Education comportent depuis quelques années l’étude de l’esclavage et de la traite au collège et au lycée. Dans les manuels des élèves de métropole, on ne parle que de la traite atlantique. La Réunion présente parmi les départements français d’outre-mer un cas particulier : c’est le seul situé dans l’océan Indien. Des travaux et des publications pédagogiques fondées sur les recherches des historiens ont été réalisés pour les élèves de l’Académie de La Réunion. Nous nous proposons de présenter cette problématique et quelques exemples de réalisation.

Préambule

La France comme les autres pays européens a participé à la traite négrière et a recouru à l’esclavage depuis qu’elle a entamé des conquêtes coloniales. De nos jours, quatre de ses anciennes colonies sont devenues des départements d’outre-mer, la Guadeloupe et la Martinique dans les Antilles, la Guyane en Amérique du Sud, et La Réunion. De quelle manière sont traités l’enseignement de la traite et de l’esclavage d’une part en métropole et d’autre part à l’île de La Réunion, le seul département d’outre-mer qui soit situé dans l’océan Indien ?

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