Le servilisme à la place du concept d’engagisme pour définir le statut des travailleurs immigrés ou affranchis après l’abolition de l’esclavage en 1848. (Sudel Fuma)

 Le concept d’Engagisme fondé sur les nombreux textes juridiques élaborés tout au long du XIXème siècle par les autorités coloniales ( locales ou nationales ) est-il utilisé à bon escient pour définir la situation juridique des travailleurs engagés immigrants ou affranchis des colonies françaises au XIXème siècle ?

 

En effet, jusqu’à ce jour, les historiens ont employé cette notion  d’engagisme pour qualifier la nature du travail des individus concernés par l’existence d’un contrat de travail  et donc d’un consentement de deux parties qui s’obligent pour exécuter leurs engagements réciproques. Théoriquement, la notion d’engagisme suppose l’existence d’un contrat synallagmatique ( d’un verbe grec signifiant : lier ensemble ) ou bilatéral contenant l’engagement des contractants. Dans ce contrat synallagamatique, les obligations de l’engagé et de l’engagiste sont interdépendantes et impliquent le respect des clauses du contrat. De plus, pour que le contrat soit juridiquement fondé, il est nécessaire que l’engagement soit volontaire et oblige les deux parties parce qu’il a été voulu. Le contrat d’engagement ayant été librement consenti, il devient nécessairement juste et donc juridiquement fondé au regard du droit. Parmi les conditions pouvant  justifier la réalité du contrat, le consentement et la capacité de contracter sont déterminantes pour justifier l’emploi de la notion d’engagisme. De plus le respect des clauses et à contrario le fait que le consentement ne soit pas vicié par l’erreur, la violence ou le dol sont des conditions impératives pour justifier l’emploi de ce concept d’engagisme… Or l’analyse historique des conditions dans lesquels sont recrutés les travailleurs nous amène à dénoncer le terme « d’engagisme » et à proposer son remplacement par un nouveau concept : celui de  « servilisme » qui nous semble plus apte à traduire la véritable situation des travailleurs de la colonie, immigrés ou non, au XIXème siècle.

 

Trois éléments  constitutifs sont à la base de notre raisonnement et nous permettent de revisiter l’histoire des travailleurs dit « libres et affranchis » à partir d’une définition conceptuelle – le servilisme – qui écarte l’idée contractuelle contenue dans le concept d’engagisme. Ils sont les suivants :

– Le caractère discriminatoire des contrats d’engagement.

– La violence exercée sur l’esclave libéré dans le cadre du « rachat préalable ».

– Le caractère dolosif des contrats.

 

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