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Le procès d’une insurrection d’esclaves en 1811 à la Réunion : entre droit de l’Ancien Régime et droit colonial révolutionnaire (S. Fuma)

L’insurrection des esclaves de Saint-Leu, en 1811, est un événement politique de la plus haute importance dans l’histoire de l’Île Bourbon (Île de La Réunion), alors petite colonie française dans l’océan Indien. Pendant longtemps occultée, cette histoire est l’objet aujourd’hui de recherches, de débats, de commémorations. La révolte d’esclaves se déroule pendant la période d’occupation britannique de l’Île, après le débarquement des militaires anglais, en 1810. La nouvelle administration britannique est placée sous les ordres de Farquhar, gouverneur général dont le siège du commandement est situé à l’Île Maurice, ancienne Île de France. Bien que considérée comme une «insurrection insignifiante » par les Anglais qui avaient dû gérer des
situations difficiles à Saint-Domingue, l’insurrection des esclaves de Saint-Leu traumatise les colons français de l’océan Indien qui deviennent provisoirement des sujets britanniques, ayant prêté serment de fidélité au Roi d’Angleterre. Il y aura donc un procès judiciaire, unique par le nombre d’accusés mis en cause et par les
sentences prises à l’occasion de cet événement. Comment se déroule ce procès ? Quelles sont les motivations des juges et sur quelles preuves s’appuient-ils pour condamner les accusés ?

L’article complet :

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s.fuma

Source : http://www.cresoi.fr/Un-article-de-Sudel-Fuma

[LIVRE] L’esclavagisme à la Réunion, 1794-1848 (Sudel Fuma)

1794-1848 : 54 années s’écoulent pendant lesquelles plus de 62 000 esclaves de l’île de Bourbon attendent l’émancipation proclamée par le décret de la Convention du 2 février 1794 ; un décret jamais appliqué dans les Colonies françaises des mers de l’Inde. L’esclavage, institutionnalisé à Bourbon par le Code Noir en 1723, reste jusqu’au 20 décembre 1848, date effective de la libération des esclaves à Bourbon, le fondement du système économique et social d’une population conservatrice, refusant les valeurs des philosophes des Lumières et attachée à un ordre colonial marqué par l’inégalité de ses composantes raciales.

Notes bibliographiques

L’auteur de cet ouvrage – Sudel FUMA – Maître de Conférences à l’Université de La Réunion, analyse ici les conditions de vie des travailleurs de la plantation, esclaves, premiers engagés et affranchis de l’île de La Réunion dans la première moitié du XIXe siècle. Prolongement des recherches effectuées pour sa thèse d’Etat, soutenue en 1988, son travail est une nouvelle contribution à une approche scientifique de l’histoire de l’esclavage dans les Colonies françaises.

 L’esclavagisme à la Réunion, Sudel Fuma, L’Harmattan, 1992

La Réunion : 1848-1914. La société de plantation dans la deuxième moitié du XIX siècle. L’ère de la révolution industrielle (Sudel FUMA)

Dans l’Histoire coloniale de La Réunion, les années 1848-1914 représentent une période charnière commençant avec l’abolition de l’esclavage et la proclamation de la seconde République et se poursuivant par l’arrivée des engagés indiens et africains, la chute de Napoléon III, l’avènement de la IIIème République, l’apogée et la crise de l’industrie sucrière…

En un demi-siècle, la colonie de La Réunion connaît une accélération de son histoire qui se caractérise par les effets socio-économiques de l’abolition de l’esclavage et l’apprentissage difficile de la liberté par les anciens esclaves. Les 62 000 personnes libérées par le décret d’abolition de l’esclavage représentant 60 % de la population locale de l’Ile, désertent les grandes plantations dans les années qui suivent l’émancipation et sont remplacées par une nouvelle main-d’œuvre, arrachée à son tour au continent africain et asiatique. Entre les années 1848 et 1870, L’Inde et l’Afrique de l’Est deviennent les réservoirs de bras d’une colonie en pleine mutation entre les années 1848 et 1882.

Dans cette même période, la production sucrière qui a connu une progression rapide, passant de 28 000 tonnes de sucre en 1848 à 73 000 tonnes en 1863, entre dans un cycle de crise durable qui se prolonge jusqu’à la 1ère guerre mondiale. La révolution industrielle ouvre l’ère du capitalisme colonial. Une longue crise économique après 1863 ébranle les structures profondes du monde colonial ruinant les grandes familles locales qui ont dû investir d’importantes sommes dans l’achat de machines à sucre coûteuses pour conserver leur suprématie après l’abolition de l’esclavage. L’évolution vers une économie capitaliste, compétitive et rentable, a abouti à une véritable concentration industrielle et foncière après l’abolition de l’esclavage. Après 1863 commence le temps du marasme pendant lequel tout l’édifice économique de la plantation s’écroule au point de ramener l’Ile vingt ans en arrière par rapport aux années fastes de son histoire sucrière. Comme au XVIIIème siècle après la crise du café, l’Ile vit des moments difficiles et sombres avec la ruine de ses grands propriétaires et l’appauvrissement général de la population. L’implantation de la société du Crédit Foncier Colonial, puissante société parisienne de crédit qui a prêté des sommes considérables aux grandes familles de l’Ile, accroît la dette extérieure, ruinant ses débiteurs dans le dernier tiers du XIXème siècle. Après une série d’expropriations, la société du Crédit Foncier Colonial devient elle-même une société agricole et industrielle installée dans la colonie. L’abolition de l’esclavage, l’engagisme, le développement de la Société de plantation, l’apogée et la crise du sucre font des années 1870-1914 une période charnière, transition entre tradition et modernité, où s’entrechoquent les paradoxes et les contradictions d’une société coloniale en pleine mutation.

Sommaire

Chapitre 1 : La seconde république et l’abolition de l’esclavage.

I – l’abolition de l’esclavage à la Réunion : un idéal républicain…

II – la difficile conquête de la liberté…

Chapitre 2 : Nouvelle servitude, engagisme et second empire

I – la résistance passive des affranchis de 1848

II – immigration libre ou nouvelle main-d’œuvre servile ?

Chapitre 3 : Révolution industrielle et révolution sucrière à la Réunion au XIXème siecle
I – la révolution industrielle a la Réunion.

II – une économie de plantation

Chapitre 4 : De la naissance de la IIIème republique a la première guerre mondiale : le difficile apprentissage de la démocratie.
I – une république désirée.
II – une république qui se cherche…

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L’esclavage et le marronnage à la Réunion (Sudel Fuma)

L’histoire de l’esclavage à La Réunion, malgré les recherches universitaires récentes, n’a pas encore révélé tous ses secrets. S’il est vrai que le passé de la population est très jeune et offre la particularité de partir d’un « terminus a quo », il existe toutefois de vastes zones d’ombres que les chercheurs ont du mal à dissiper et qui sont celles de l’arrivée des premiers hommes dans cette Île.

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Le servilisme à la place du concept d’engagisme pour définir le statut des travailleurs immigrés ou affranchis après l’abolition de l’esclavage en 1848. (Sudel Fuma)

 Le concept d’Engagisme fondé sur les nombreux textes juridiques élaborés tout au long du XIXème siècle par les autorités coloniales ( locales ou nationales ) est-il utilisé à bon escient pour définir la situation juridique des travailleurs engagés immigrants ou affranchis des colonies françaises au XIXème siècle ?

 

En effet, jusqu’à ce jour, les historiens ont employé cette notion  d’engagisme pour qualifier la nature du travail des individus concernés par l’existence d’un contrat de travail  et donc d’un consentement de deux parties qui s’obligent pour exécuter leurs engagements réciproques. Théoriquement, la notion d’engagisme suppose l’existence d’un contrat synallagmatique ( d’un verbe grec signifiant : lier ensemble ) ou bilatéral contenant l’engagement des contractants. Dans ce contrat synallagamatique, les obligations de l’engagé et de l’engagiste sont interdépendantes et impliquent le respect des clauses du contrat. De plus, pour que le contrat soit juridiquement fondé, il est nécessaire que l’engagement soit volontaire et oblige les deux parties parce qu’il a été voulu. Le contrat d’engagement ayant été librement consenti, il devient nécessairement juste et donc juridiquement fondé au regard du droit. Parmi les conditions pouvant  justifier la réalité du contrat, le consentement et la capacité de contracter sont déterminantes pour justifier l’emploi de la notion d’engagisme. De plus le respect des clauses et à contrario le fait que le consentement ne soit pas vicié par l’erreur, la violence ou le dol sont des conditions impératives pour justifier l’emploi de ce concept d’engagisme… Or l’analyse historique des conditions dans lesquels sont recrutés les travailleurs nous amène à dénoncer le terme « d’engagisme » et à proposer son remplacement par un nouveau concept : celui de  « servilisme » qui nous semble plus apte à traduire la véritable situation des travailleurs de la colonie, immigrés ou non, au XIXème siècle.

 

Trois éléments  constitutifs sont à la base de notre raisonnement et nous permettent de revisiter l’histoire des travailleurs dit « libres et affranchis » à partir d’une définition conceptuelle – le servilisme – qui écarte l’idée contractuelle contenue dans le concept d’engagisme. Ils sont les suivants :

– Le caractère discriminatoire des contrats d’engagement.

– La violence exercée sur l’esclave libéré dans le cadre du « rachat préalable ».

– Le caractère dolosif des contrats.

 

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