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Le premier syndicalisme réunionnais (1887-1911) , Prosper Eve

Prosper Eve, Professeur d’Histoire à la Réunion.

En mai 1853, le syndicat général des immigrants naît. Le personnel se compose d’un syndic général et dans chaque commune, un syndic communal est placé sous ses ordres. Le syndic général exerce ses fonctions sous la haute bienveillance du directeur de l’Intérieur. Il est le représentant légal de tous les immigrants asiatiques et africains, dans tous les cas où ils ont des réclamations à faire pour l’exécution de leurs contrats d’engagement. Le plaignant doit s’adresser au syndic communal lequel transmet sa plainte au syndic général. Ce dernier doit faire deux tournées par an dans toute la colonie pour visiter les propriétés ayant au moins vingt engagés. Il veille à l’application de toutes les prescriptions concernant le logement, la nourriture, les vêtements, le paiement des salaires, la tenue des hôpitaux, la discipline des ateliers, la durée du travail, la corvée du dimanche. Il dresse un procès verbal si ces prescriptions ne sont pas suivies. Si les infractions au contrat d’engagement sont commises par un ou plusieurs immigrants et si le syndic général juge que les moyens de conciliation sont insuffisants, il adresse un procès-verbal au juge de paix du canton dans un délai de vingt-quatre heures. En cas de délit grave, le syndic général peut faire arrêter les immigrants coupables et les adresser au juge de paix du canton. Il peut faire des visites extraordinaires dont la durée est fixée par le directeur de l’Intérieur.

L’arrêté du 30 août 1860 concernant la répartition des immigrants à leur arrivée et le régime de leur protection dans la colonie porte création d’un syndicat protecteur des immigrants au chef-lieu de chaque arrondissement. Il est composé du procureur impérial ou d’un de ses substituts, assisté d’un avocat ou d’un avoué désigné chaque année par la cour, d’un conseiller municipal désigné par le gouverneur. Ce syndicat est chargé d’assister les immigrants dans leurs recours judiciaires. Il peut poursuivre d’office devant les tribunaux la résiliation des engagements lorsque les conditions d’hygiène et de salubrité ne sont pas observées à l’égard des immigrants. Des syndics sont institués auprès de chaque justice de paix. Le syndicat d’arrondissement reçoit par l’intermédiaire des syndics cantonaux les plaintes et les réclamations des immigrants pouvant aboutir à une action judiciaire.

Au milieu du XIXe siècle, même si le mot syndicat fait partie du vocabulaire local, son acception est assez particulière. Il ne s’agit pas d’une « association permanente de salariés qui se propose de défendre et d’améliorer leur contrat de travail » ou d’une « association ayant pour objet la défense d’intérêts professionnels » et encore moins « d’une association permanente des ouvriers ayant pour but le maintien et l’amélioration de la classe ouvrière ». Il s’agit seulement d’une structure chargée d’éviter les abus de la part des engagistes et des engagés et de protéger ces derniers

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