<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Le servilisme (engagisme) &#8211; Histoire Réunion</title>
	<atom:link href="https://www.histoire-reunion.re/category/histoire/servilisme/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://www.histoire-reunion.re/</link>
	<description>Notre île, notre histoire, sans tabou</description>
	<lastBuildDate>Wed, 24 Jul 2019 18:10:46 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=6.2.2</generator>

<image>
	<url>https://www.histoire-reunion.re/wp-content/uploads/2017/04/cropped-logo1-1-32x32.png</url>
	<title>Le servilisme (engagisme) &#8211; Histoire Réunion</title>
	<link>https://www.histoire-reunion.re/</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>La Réunion : 1848-1914. La société de plantation dans la deuxième moitié du XIX siècle. L’ère de la révolution industrielle (Sudel FUMA)</title>
		<link>https://www.histoire-reunion.re/la-reunion-1848-1914-la-societe-de-plantation-dans-la-deuxieme-moitie-du-xix-siecle-lere-de-la-revolution-industrielle-sudel-fuma/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Histoire Réunion]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Apr 2017 19:45:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire de la Réunion]]></category>
		<category><![CDATA[Le servilisme (engagisme)]]></category>
		<category><![CDATA[révolution industrielle]]></category>
		<category><![CDATA[sudel fuma]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.histoire-reunion.re/?p=82</guid>

					<description><![CDATA[Dans l&#8217;Histoire coloniale de La Réunion, les années 1848-1914 représentent une période&#160;charnière commençant avec l&#8217;abolition de l&#8217;esclavage et la proclamation&#8230; <a class="read-more" href="https://www.histoire-reunion.re/la-reunion-1848-1914-la-societe-de-plantation-dans-la-deuxieme-moitie-du-xix-siecle-lere-de-la-revolution-industrielle-sudel-fuma/">Continuer la lecture</a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Dans l&rsquo;Histoire coloniale de La Réunion, les années 1848-1914 représentent une période&nbsp;charnière commençant avec l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage et la proclamation de la seconde&nbsp;République et se poursuivant par l&rsquo;arrivée des engagés indiens et africains, la chute de&nbsp;Napoléon III, l&rsquo;avènement de la IIIème République, l&rsquo;apogée et la crise de l&rsquo;industrie&nbsp;sucrière…</p>
<p style="text-align:justify;">En un demi-siècle, la colonie de La Réunion connaît une accélération de son histoire qui&nbsp;se caractérise par les effets socio-économiques de l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage et&nbsp;l&rsquo;apprentissage difficile de la liberté par les anciens esclaves. Les 62 000 personnes&nbsp;libérées par le décret d&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage représentant 60 % de la population locale&nbsp;de l&rsquo;Ile, désertent les grandes plantations dans les années qui suivent l&rsquo;émancipation et&nbsp;sont remplacées par une nouvelle main-d&rsquo;œuvre, arrachée à son tour au continent&nbsp;africain et asiatique. Entre les années 1848 et 1870, L&rsquo;Inde et l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Est&nbsp;deviennent les réservoirs de bras d&rsquo;une colonie en pleine mutation entre les années 1848&nbsp;et 1882.</p>
<p style="text-align:justify;">Dans cette même période, la production sucrière qui a connu une progression rapide,&nbsp;passant de 28 000 tonnes de sucre en 1848 à 73 000 tonnes en 1863, entre dans un cycle&nbsp;de crise durable qui se prolonge jusqu&rsquo;à la 1ère guerre mondiale. La révolution&nbsp;industrielle ouvre l’ère du capitalisme colonial. Une longue crise économique après&nbsp;1863 ébranle les structures profondes du monde colonial ruinant les grandes familles&nbsp;locales qui ont dû investir d&rsquo;importantes sommes dans l&rsquo;achat de machines à sucre&nbsp;coûteuses pour conserver leur suprématie après l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage. L&rsquo;évolution vers une économie capitaliste, compétitive et rentable, a abouti à une véritable&nbsp;concentration industrielle et foncière après l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage. Après 1863&nbsp;commence le temps du marasme pendant lequel tout l&rsquo;édifice économique de la&nbsp;plantation s&rsquo;écroule au point de ramener l&rsquo;Ile vingt ans en arrière par rapport aux années&nbsp;fastes de son histoire sucrière. Comme au XVIIIème siècle après la crise du café, l&rsquo;Ile vit&nbsp;des moments difficiles et sombres avec la ruine de ses grands propriétaires et&nbsp;l&rsquo;appauvrissement général de la population. L&rsquo;implantation de la société du Crédit&nbsp;Foncier Colonial, puissante société parisienne de crédit qui a prêté des sommes&nbsp;considérables aux grandes familles de l&rsquo;Ile, accroît la dette extérieure, ruinant ses&nbsp;débiteurs dans le dernier tiers du XIXème siècle. Après une série d&rsquo;expropriations, la&nbsp;société du Crédit Foncier Colonial devient elle-même une société agricole et industrielle&nbsp;installée dans la colonie. L&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage, l&rsquo;engagisme, le développement de la&nbsp;Société de plantation, l&rsquo;apogée et la crise du sucre font des années 1870-1914 une&nbsp;période charnière, transition entre tradition et modernité, où s&rsquo;entrechoquent les&nbsp;paradoxes et les contradictions d&rsquo;une société coloniale en pleine mutation.</p>
<h3 style="text-align:justify;">Sommaire</h3>
<p><strong>Chapitre 1 : La seconde république et l’abolition de l’esclavage.</strong></p>
<p>I – l’abolition de l’esclavage à la Réunion : un idéal républicain…</p>
<p>II – la difficile conquête de la liberté…</p>
<p><strong>Chapitre 2 : Nouvelle servitude, engagisme et second empire</strong></p>
<p>I &#8211; la résistance passive des affranchis de 1848</p>
<p>II – immigration libre ou nouvelle main-d’œuvre servile ?</p>
<p><strong>Chapitre 3 : Révolution industrielle et révolution sucrière à la Réunion au XIXème siecle</strong><br />
I – la révolution industrielle a la Réunion.</p>
<p>II – une économie de plantation</p>
<p><strong>Chapitre 4 : De la naissance de la IIIème republique a la première guerre mondiale : le difficile apprentissage de la démocratie.</strong><br />
I – une république désirée.<br />
II &#8211; une république qui se cherche…</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Lire la suite :</strong></p>
<p style="text-align:justify;"><span id="more-82"></span><a href="///home/seb/T%C3%A9l%C3%A9chargements/reunion_1848-1914.pdf" target="_blank" rel="noopener noreferrer">[Télécharger le PDF]</a></p>
<h3 style="text-align:justify;">CHAPITRE PREMIER :&nbsp;LA SECONDE REPUBLIQUE ET L’ABOLITION DE&nbsp;L’ESCLAVAGE.</h3>
<p style="text-align:justify;">Le 20 décembre 1848, 62 000 esclaves de La Réunion, sur 102 584 habitants,&nbsp;deviennent des citoyens libres. La distinction juridique entre Libres et Esclaves disparaît&nbsp;des textes de lois. L’avènement de la liberté en 1848 est l’aboutissement d’un long processus révolutionnaire commencé au siècle des lumières qui s’accélère pendant la&nbsp;période de la Monarchie de Juillet. Les événements de 1848 en France et la&nbsp;proclamation de la Seconde République mettent fin au système de l’esclavage.<br />
Comment se sont-ils manifestés à La Réunion ?</p>
<h4 style="text-align:justify;">I – L’ABOLITION DE L’ESCLAVAGE A LA REUNION : UN IDEAL&nbsp;REPUBLICAIN…</h4>
<p style="text-align:justify;">En 1848, les journées révolutionnaires de février et la seconde République redonnent&nbsp;(définitivement) à la Colonie le nom de La Réunion.&nbsp;Le 15 mai 1848, des nouvelles circulent sur la prétendue maladie du roi. La Colonie est&nbsp;à nouveau placée dans une position d’attente, de dépendance de ce qui peut venir de&nbsp;France. Le 24 mai, le Gouverneur se place déjà en position de garant de l’ordre et&nbsp;s’assure du soutien des Colons quand il appelle chacun à rester calme et à « arrêter tout&nbsp;ce qui pourrait amener des désordre qu’il vous importe tant de prévenir ».</p>
<p style="text-align:justify;">Il faut véritablement attendre le 27 mai pour que des lettres et journaux venus des Indes&nbsp;annoncent que d’importants événements se sont accomplis en France. Les premiers&nbsp;décrets parviennent dans la colonie le 8 juin 1848 et le lendemain, la République est&nbsp;proclamée à Saint-Denis. Après un long voyage, le 14 octobre, le nouveau Commissaire&nbsp;de la République, Sarda Garriga, débarque à Saint-Denis, où il est accueilli par le&nbsp;gouverneur Graëb, destitué par le gouvernement provisoire.</p>
<p style="text-align:justify;">Le 18 octobre, le décret du 27 avril 1848 est promulgué, suivi de plusieurs arrêtés fixant&nbsp;la condition des futurs affranchis. L&rsquo;émancipation des esclaves est fixée, conformément&nbsp;au décret du 27 avril 1848, deux mois après la promulgation du décret d&rsquo;abolition de&nbsp;l&rsquo;esclavage. Les esclaves ont la certitude de leur libération dès le 17 octobre 1848, date à&nbsp;laquelle le Commissaire de la République fait une proclamation officielle précisant le&nbsp;but de sa mission. Jusqu&rsquo;à cette date, ils ne sont pas informés des événements qui les&nbsp;concernent directement que par des rumeurs circulant parmi la population libre.</p>
<p style="text-align:justify;">A l&rsquo;inverse des esclaves, les propriétaires, ne cédant pas à l&rsquo;affolement, prennent&nbsp;conscience de la gravité de la situation.</p>
<p style="text-align:justify;">Avant même l&rsquo;arrivée de Sarda Garriga, Commissaire de la République, les notables se&nbsp;concertent pour défendre le travail, qu&rsquo;ils considèrent menacé par une application&nbsp;immédiate des textes abolissant l&rsquo;esclavage. L&rsquo;Assemblée des délégués des communes&nbsp;qui se constitue pour défendre les intérêts des colons se « donne pour mission d&rsquo;éclairer&nbsp;le Commissaire de la République dans la tâche qui lui est confiée ». Charles Desbassayns&nbsp;et Vinson père, deux des plus éminents sucriers de l&rsquo;Ile, président cette association, dans&nbsp;laquelle se retrouve la plupart des personnalités de la colonie, tels que Martin-Flacourt, Dureau, Testard, Brunet, Bellier et Imhaus. Dans un discours prononcé à la cérémonie&nbsp;d&rsquo;ouverture, Laserve soulignent les dangers qui menacent la production sucrière, au cas&nbsp;où l&rsquo;émancipation est proclamée par la Seconde République. Les conséquences seraient, selon lui, incalculables. La ruine de l&rsquo;activité sucrière asphyxierait tout le circuit&nbsp;économique de l&rsquo;Ile, dont les fondements reposent sur la production du sucre. Les&nbsp;notables réclament l&rsquo;intervention urgente des pouvoirs publics pour sauver l&rsquo;économie&nbsp;sucrière. Pour ces hommes défenseurs farouches d&rsquo;une mentalité coloniale forgée par&nbsp;l&rsquo;esclavage, la colonie n&rsquo;a que deux choix possibles : ajourner l&rsquo;émancipation des&nbsp;esclaves, car celle-ci provoquera le départ des travailleurs serviles des plantations de&nbsp;cannes à sucre ou faire venir immédiatement plusieurs milliers de travailleurs étrangers&nbsp;pour suppléer à l&rsquo;insuffisance des bras au moment de l&rsquo;émancipation. Aussitôt l&rsquo;arrivée&nbsp;de Sarda Garriga dans la colonie, l&rsquo;Assemblée des Communes lui envoie des&nbsp;représentants pour demander l&rsquo;ajournement de l&rsquo;émancipation. Aux raisons économiques, elle ajoute des raisons d&rsquo;ordre humanitaire. En effet, l&rsquo;abolition de&nbsp;l&rsquo;esclavage lui semble prématurée avant la création de salles d&rsquo;asiles et d&rsquo;hospices. Les&nbsp;colons exigent aussi la création d&rsquo;ateliers de travail, pour protéger l&rsquo;industrie sucrière et&nbsp;souhaitent qu&rsquo;on attende la fin de la récolte 1848-1849 avant de publier les décrets&nbsp;d&rsquo;abolition. Malgré la forte campagne politique des notables, l&rsquo;intransigeance du&nbsp;Commissaire de la République à appliquer les décrets met en échec toutes les&nbsp;démarches de l&rsquo;Assemblée des délégués des Communes. Néanmoins, s&rsquo;il est ferme à&nbsp;l&rsquo;égard des notables, Sarda Garriga met en garde les futurs affranchis contre toute&nbsp;interprétation abusive de la notion de liberté : « La liberté, c&rsquo;est le premier des besoins de&nbsp;l&rsquo;humanité, oui, mais ce suprême bienfait impose d&rsquo;autres obligations. La liberté élève le&nbsp;travail à la hauteur du devoir. Etre libre, ce n&rsquo;est pas avoir la faculté de ne rien faire, de&nbsp;déserter les champs, les industries… ». Le sens du devoir est assorti de considérations&nbsp;religieuses : « Le travail, en effet, est une mission imposée à l&rsquo;homme par Dieu ».&nbsp;Désireux de collaborer avec les notables le Commissaire de la République se dit prêt à&nbsp;examiner le problème des bras. « Ce sera, dit-il, l&rsquo;objet de mes constantes&nbsp;préoccupations ». En conséquence, dès son arrivée dans l&rsquo;Ile, le Commissaire de la République se pose en défenseur de l&rsquo;esclave, mais aussi de l&rsquo;économie sucrière,&nbsp;principale activité de la colonie.</p>
<p style="text-align:justify;">Avant l&rsquo;émancipation définitive des esclaves, le Commissaire de la République se rend,&nbsp;conformément aux vœux des colons, dans la plupart des communes, pour rencontrer les&nbsp;habitants. Durant deux mois, de novembre à décembre 1848, il visite plusieurs&nbsp;habitations sucrières et prend contact avec les Noirs, qu&rsquo;il exhorte au travail. Le&nbsp;Commissaire de la République est de retour à Saint-Denis le 12 décembre 1848. Afin&nbsp;d&rsquo;éviter la désorganisation du travail et pour protéger la population affranchie, il exige que les futurs citoyens soient pourvus d&rsquo;un contrat d&rsquo;engagement de travail d&rsquo;un an au&nbsp;moins et de deux ans au plus. Cette mesure contraignante est acceptée par la plupart des&nbsp;affranchis. La majorité d&rsquo;entre eux s&rsquo;engage, comme le prévoit la nouvelle législation,&nbsp;sans prendre conscience de la valeur juridique des actes qu&rsquo;ils contractent auprès des<br />
propriétaires.</p>
<p style="text-align:justify;">L&rsquo;économie sucrière étant menacée par la pénurie de main d&rsquo;œuvre, aggravée par la&nbsp;perspective de l&rsquo;émancipation, les colons sucriers font tout pour inciter ou contraindre&nbsp;les affranchis à s&rsquo;engager sur les grandes plantations. Si beaucoup d&rsquo;entre eux acceptent&nbsp;des engagements, le problème de la compréhension du texte légal, c&rsquo;est-à-dire du contrat&nbsp;d&rsquo;engagement, est loin d&rsquo;être résolu. On peut se poser à ce sujet plusieurs questions. Estce&nbsp;que les nouveaux citoyens ont conscience de la valeur juridique des contrats ?&nbsp;Comprennent-ils qu&rsquo;ils se lient à nouveau au cadre servile de la grande plantation, dans lequel ils ont évolué depuis leur enfance sous l&rsquo;effet de la contrainte ? Peuvent-ils&nbsp;analyser le sens de leur liberté nouvelle et les embûches qui la menacent ? On en doute&nbsp;fort… L&rsquo;environnement socio-culturel de l&rsquo;ancien esclave conforte l&rsquo;hypothèse selon&nbsp;laquelle l&rsquo;affranchi de 1848 ignore, dans les premières années de l&rsquo;émancipation, le sens&nbsp;réel du texte d&rsquo;engagement.&nbsp;En effet, l&rsquo;analphabétisme des anciens esclaves ne leur&nbsp;permet pas de raisonner sur des concepts juridiques connus uniquement des lettrés de la&nbsp;colonie. On peut donc affirmer que l&rsquo;action de Sarda Garriga, les pressions des maîtres sur les esclaves et la moralisation du clergé sont à l&rsquo;origine des premiers engagements&nbsp;massifs des engagés du sucre.</p>
<h4 style="text-align:justify;">II – LA DIFFICILE CONQUETE DE LA LIBERTE…</h4>
<p style="text-align:justify;">La population coloniale vit donc avec angoisse la période d&rsquo;émancipation des esclaves,&nbsp;craignant la révolte et la désorganisation de l&rsquo;économie sucrière. Néanmoins, malgré la&nbsp;pénible attente du jour de l&rsquo;émancipation, malgré les difficultés éprouvées par les&nbsp;municipalités pour protéger la sécurité des communes et le ravitaillement des indigents,&nbsp;le comportement des nouveaux citoyens ne constitue pas un danger immédiat pour&nbsp;l&rsquo;ordre et la stabilité de la colonie.</p>
<p style="text-align:justify;">Les grandes et moyennes exploitations perdent leur main-d&rsquo;œuvre affranchie dans les&nbsp;premiers mois qui suivent la proclamation de l&rsquo;acte d&rsquo;émancipation. « Ce n&rsquo;est qu&rsquo;à la fin&nbsp;de l&rsquo;année 1849 que les anciens esclaves commencèrent à secouer la poussière des sucreries », observe Champdemerle. Les affranchis qui parviennent à se soustraire aux engagements sont confrontés au problème du logement. « Ils se transportent sans cesse&nbsp;d&rsquo;un point de la colonie à un autre, quittant une position misérable pour une position&nbsp;plus misérable encore », note Imhaus dans un rapport adressé aux autorités coloniales sur&nbsp;la production alimentaire du pays.</p>
<p style="text-align:justify;">La population affranchie s&rsquo;élève à 62.151 individus au moment de l&rsquo;émancipation. En&nbsp;1854, une commission dirigée par Patu De Rosemont constate que plus de 35 000&nbsp;individus échappent au système légal d&rsquo;engagement de travail. Selon le rapport présenté&nbsp;par Patu De Rosemont aux autorités de la colonie, plus de la moitié de la population&nbsp;affranchie n&rsquo;est pas soumise à la surveillance administrative de la colonie. Si un nombre&nbsp;appréciable d&rsquo;affranchis exercent une profession, il est fort probable que les affranchis,&nbsp;vagabonds temporaires ou permanents, ont posé d&rsquo;insolubles problèmes à la colonie.&nbsp;Pour faire face à ces difficultés et protéger le travail des sucreries, une loi sévère&nbsp;réprimant le délit de vagabondage est appliquée dès la proclamation solennelle de&nbsp;l&rsquo;émancipation. Le problème du vagabondage n&rsquo;était pas récent et avait fait l&rsquo;objet de&nbsp;plusieurs études bien avant l&rsquo;émancipation de 1848. Un décret réprimant le vagabondage&nbsp;et la mendicité est promulgué dans la colonie avant même la proclamation définitive de&nbsp;l&rsquo;émancipation. Les précautions prises par l&rsquo;autorité coloniale pour contenir la main d&rsquo;œuvre affranchie sur les grandes propriétés ne peuvent empêcher le vagabondage des&nbsp;affranchis. Les journaux locaux dénoncent violemment ce nouveau fléau social, qui met&nbsp;en péril la prospérité de l&rsquo;Ile sucrière. Quelle est la part de vérité dans ces cris d&rsquo;alarme ?&nbsp;Deux arrêtés du Commissaire de la République ont pour but d&rsquo;interdire le vagabondage&nbsp;dans la colonie. Le premier arrêté est promulgué en octobre 1848, quelques jours&nbsp;seulement après l&rsquo;arrivée de Sarda Garriga dans l&rsquo;Ile. Ce texte réglementaire est&nbsp;complété par celui du 17 février 1849. L&rsquo;Empire modifie à nouveau la législation&nbsp;concernant les nouveaux affranchis. Le décret du 13 février 1852 rend théoriquement&nbsp;impossible le vagabondage. L&rsquo;autorité impériale considère comme vagabond tout&nbsp;individu n&rsquo;ayant pas de moyens de subsistance et n&rsquo;exerçant pas habituellement un métier, une profession qui « ne justifie pas d&rsquo;un travail par un engagement d&rsquo;une année au&nbsp;moins ou d&rsquo;un livret de travail ». Selon la gravité des cas, des peines disciplinaires sont&nbsp;engagées à l&rsquo;encontre des individus en état de vagabondage. Ces derniers peuvent être&nbsp;punis de travaux forcés dans les prisons coloniales ou dans les ateliers de discipline. Par&nbsp;cette législation spéciale, le gouvernement impérial espère ramener les affranchis sur les grandes propriétés sucrières, pour pallier les insuffisances de la main-d&rsquo;œuvre locale.&nbsp;Cependant cette législation, réclamée avec insistance par les grands propriétaires&nbsp;sucriers, n&rsquo;est pas intégralement appliquée. En effet, le recours à l&rsquo;engagement des&nbsp;travailleurs Africains et Indiens (les engagés) se révèle avantageux pour les&nbsp;propriétaires engagistes, qui se désintéressent du sort d&rsquo;une population qu&rsquo;on croyait à&nbsp;tout jamais perdue pour l&rsquo;économie coloniale.</p>
<h3 style="text-align:justify;">CHAPITRE II : NOUVELLE SERVITUDE, ENGAGISME ET SECOND EMPIRE</h3>
<p style="text-align:justify;">La Seconde république met en œuvre la grande réforme de l’abolition de&nbsp;l’esclavage sans toutefois régler le grave problème de la main-d’œuvre coloniale auquel&nbsp;est confronté l’économie sucrière de La Réunion. En effet, la libération des esclaves&nbsp;perturbe l’activité économique de l’Ile privée de l’ancienne main-d’œuvre servile qui&nbsp;refuse le travail sur les grandes plantations.</p>
<h4 style="text-align:justify;">I &#8211; LA RESISTANCE PASSIVE DES AFFRANCHIS DE 1848</h4>
<p style="text-align:justify;">Après la Seconde République, le régime impérial de Napoléon III veut&nbsp;règlementer la liberté des anciens esclaves. Malgré les mesures sévères prises par Sarda&nbsp;Garriga, l&rsquo;opinion publique coloniale se plaint constamment du comportement de la main d&rsquo;œuvre affranchie. Ainsi, sur 45 698 esclaves travaillant au 1er janvier 1848 sur&nbsp;les grandes propriétés, il ne reste plus que 15 483 affranchis engagés chez les mêmes&nbsp;propriétaires. Les gouverneurs du Second Empire essaient de remédier à cette&nbsp;dégradation du travail colonial en élaborant une nouvelle réglementation. Un mportant&nbsp;rapport du Secrétaire d&rsquo;Etat à la Marine et aux Colonies, envoyé au Prince-Président&nbsp;Louis-Napoléon, démontre respectivement : l&rsquo;insuffisance des garanties prises en 1848&nbsp;par le Commissaire de la République pour protéger le travail colonial, et notamment&nbsp;l&rsquo;activité sucrière, l&rsquo;abandon des grandes propriétés par les affranchis et la nécessité&nbsp;d&rsquo;organiser l&rsquo;immigration des travailleurs étrangers afin de suppléer au problème de la&nbsp;main-d&rsquo;œuvre que connaissait la colonie. L’engagisme, nouveau système de travail&nbsp;fondée sur le principe théorique du consentement libre des contractants, remplace&nbsp;l’esclavage.</p>
<p style="text-align:justify;">Quelques mois après son arrivée au pouvoir, un décret du Prince-Président réglemente&nbsp;sur de nouvelles bases le travail des affranchis. Ce décret, composé de 26 articles, est&nbsp;promulgué dans la colonie le 28 avril 1852. Sa mise en application donne théoriquement&nbsp;aux propriétaires les moyens nécessaires pour imposer le travail obligatoire aux&nbsp;affranchis.</p>
<p style="text-align:justify;">Si le Second Empire ne supprime pas l&rsquo;acte d&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage, il durcit sa&nbsp;position vis-à-vis des affranchis. La nouvelle organisation du travail mise en place est&nbsp;fondée sur l&rsquo;obligation du livret de travail ou d&rsquo;un contrat d&rsquo;engagement imposé à tous&nbsp;les travailleurs de la colonie. La dispense d&rsquo;engagement accordée par la législation&nbsp;antérieure à 1852 disparaît des textes de loi. La population affranchie n&rsquo;a que deux choix&nbsp;: le livret professionnel pour les artisans domestiques et ouvriers, ou l&rsquo;acte d&rsquo;engagement&nbsp;pour les travailleurs ruraux. Acte d&rsquo;engagement ou livret professionnel doit pouvoir être&nbsp;présenté à tout instant aux agents de surveillance désignés à cet effet par l&rsquo;administration&nbsp;coloniale. Le décret du 13 février 1852 est un ensemble des mesures coercitives et&nbsp;disciplinaires ayant pour objectif de rétablir l&rsquo;ordre dans la colonie et de garantir aux&nbsp;grands propriétaires sucriers le travail de la main-d&rsquo;œuvre affranchie. Le livret est le&nbsp;fondement principal du décret du 13 février 1852 : « Sans lui, le nouveau régime perd&nbsp;toute sa signification, toute valeur pratique, il ne reste plus qu&rsquo;à déchirer la loi ». Ce&nbsp;système doit fixer la population flottante de l&rsquo;Ile et faciliter la perception de l&rsquo;impôt dont&nbsp;« les 2/3 échappaient au trésor colonial ». L&rsquo;institution du livret, « en obligeant les&nbsp;affranchis à officialiser leur position », impose aussi à ces derniers le paiement de&nbsp;l&rsquo;impôt. De même, les engagements fictifs sont sanctionnés d&rsquo;une forte amende et d&rsquo;un&nbsp;emprisonnement d&rsquo;un mois à un an selon la gravité du délit. Le décret III du 13 février&nbsp;1852 est consacré aux dispositions de « police et de sûreté » destinées à protéger l&rsquo;ordre&nbsp;public dans la colonie. Tous ceux qui ne possèdent pas d&rsquo;engagement de travail ou de&nbsp;livret sont considérés comme vagabonds.</p>
<p style="text-align:justify;">Le décret du 13 février 1852 devait être appliqué dans toutes les colonies françaises.&nbsp;Cependant, pour compléter ces mesures d&rsquo;ordre général, le Prince-Président autorise&nbsp;chaque gouverneur à prendre des mesures spécifiques pour sa Colonie. Cette&nbsp;autorisation impériale est suivie à La Réunion de l&rsquo;arrêté du 31 décembre 1852 qui&nbsp;réglemente le régime du livret.</p>
<p style="text-align:justify;">Un natif de la colonie, Hubert Delisle, gouverneur de La Réunion à partir de 1852,&nbsp;complète la législation impériale sur le travail colonial. Celle-ci devient plus contraignante que dans le passé. Tous les travailleurs, sans distinction d&rsquo;âge et de sexe, doivent se munir d&rsquo;un livret de travail s&rsquo;ils ne s&rsquo;engagent pas pour plus d&rsquo;un an. Dans la&nbsp;décennie qui suit l&rsquo;émancipation, aucun service de police n&rsquo;est créé pour faire appliquer&nbsp;les mesures rigoureuses concernant le travail colonial. Les petits métiers clandestins&nbsp;exercés par de nombreux anciens esclaves continuent à pulluler entre 1850 et 1860. Une&nbsp;minorité d&rsquo;affranchis parvient à acheter une petite propriété et à échapper ainsi aux&nbsp;contraintes de l&rsquo;engagement obligatoire. Les villages d&rsquo;affranchis se forment dans&nbsp;certaines régions de l&rsquo;Ile tels que celui du Chaudron sur la propriété de Charles Desbassayns. La volonté du législateur, qui est de ramener les affranchis sur les grandes&nbsp;plantations, n&rsquo;a donc pas été accomplie.</p>
<h4 style="text-align:justify;">II – IMMIGRATION LIBRE OU NOUVELLE MAIN-D’ŒUVRE&nbsp;SERVILE ?</h4>
<p style="text-align:justify;">L&rsquo;ouverture d&rsquo;un nouveau marché de la main d&rsquo;œuvre coloniale que réclament depuis des années les propriétaires d&rsquo;usines à sucre est une véritable aubaine pour le développement de l&rsquo;industrie sucrière. Dix ans après l&rsquo;émancipation des esclaves, la population arrivée dans l&rsquo;Ile dans le cadre des contrats d&rsquo;engagement, dépasse le nombre d&rsquo;affranchis de 1848, soit plus de 62 000 engagés indiens et africains. Or le prix d&rsquo;achat d&rsquo;un esclave avant 1848 est trois fois plus élevé que le coût de cession d&rsquo;un contrat de travail. Même si le contrat d&rsquo;engagement varie entre 5 et 10 ans, selon la race de l&rsquo;engagé, le nouveau système offre des avantages substantiels aux grands propriétaires de l&rsquo;Ile. Les engagés indiens ou africains remplacent les anciens esclaves&nbsp;sur les grandes et moyennes propriétés de la colonie. Ayant accès à cette nouvelle source de main-d&rsquo;œuvre bon marché, les grands propriétaires utilisent pratiquement les mêmes circuits de recrutement des négriers pour s&rsquo;approvisionner en travailleurs esclaves. Les mêmes navires qui transportaient les esclaves dans l&rsquo;Ile avant 1848 recrutent les engagés dans les ports des continents africains ou indiens.</p>
<p style="text-align:justify;">Sur les côtes d&rsquo;Afrique, le recrutement d&rsquo;engagés s&rsquo;apparente à des opérations de traite d&rsquo;esclaves. L&rsquo;esclavage étant encore une pratique courante sur ce continent, les négriers achètent des esclaves aux traitants africains et les ramènent à La Réunion avec un statut d&rsquo;engagé libre. Ce système, dit du « rachat préalable », offre toutes les garanties juridiques aux propriétaires engagistes. Dans les faits, l&rsquo;engagé africain est un esclave lié à un engagiste pour au moins 10 ans d&rsquo;engagement ! Capturé sur son sol natal, vendu à des négriers, embarqué de force pour une destination inconnue, il ne se considère pas comme un ancien esclave libéré par un contrat d&rsquo;engagement. L&rsquo;Africain engagé, qui ne parle pas la langue du pays, n&rsquo;est pas un homme libre affranchi de la servitude par le système de l&rsquo;engagement mais se représente toujours en esclave attaché à un maître jusqu&rsquo;à la fin de sa vie. Par les contrats d&rsquo;engagement avec des travailleurs africains, la colonie réactive les opérations de traite que la Monarchie de Juillet avait momentanément supprimées. Près de 40 000 Africains sont arrachés de leur sol natal, débarqués à La Réunion, dirigés dans les lazarets pour subir la quarantaine avant d&rsquo;être vendus à des propriétaires engagistes ! Les engagés indiens subissent le même régime de travail mais les conditions de recrutement sont différentes. Protégés par leur pseudo citoyenneté britannique, ils ne sont liés que pour 5 ans à leurs engagistes et peuvent réclamer le rapatriement à la fin de leur contrat alors que l&rsquo;Africain doit à son propriétaire 10 ans de travail ! L&rsquo;Indien peut aussi faire appel à un protecteur, le syndic des immigrants, chargé de surveiller l&rsquo;application de la&nbsp;législation du travail des engagés. Issu d&rsquo;une civilisation qui comprend mieux les subtilités de l&rsquo;administration occidentale, l&rsquo;Indien s&rsquo;adresse fréquemment aux syndics pour s&rsquo;opposer aux abus des propriétaires engagistes.</p>
<p style="text-align:justify;">L&rsquo;immigration indienne ou africaine a été « la planche de salut » de l&rsquo;économie sucrière sous le second empire. En l&rsquo;espace de 12 ans, de 1848 à 1860, l&rsquo;Ile de La Réunion recrute 64 948 individus étrangers. Les statistiques concernant l&rsquo;arrivée des Indiens et des Africains sont abondamment fournies par les journaux de la colonie. Malgré de légères différences entre les estimations d&rsquo;arrivées et de rapatriement des immigrants, on peut affirmer que ce phénomène social est l&rsquo;un des plus marquants de l&rsquo;histoire coloniale après l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage. Pour plus de précisions, il est préférable d&rsquo;utiliser les statistiques des journaux de l&rsquo;époque à ceux des ouvrages de la même période, les journaux reprenant régulièrement les chiffres officiels communiqués par la Direction de l&rsquo;Intérieur et les capitaines de navires. Entre 1848 et 1860, il a été débarqué dans l&rsquo;Ile 37 777 Indiens, 26 748 Africains et 423 Chinois, soit un total de 64 948 individus.</p>
<p style="text-align:justify;">Le rythme d&rsquo;arrivée des engagés africains s&rsquo;accélère à partir de 1852. En 1854, 4 300 Africains et Malgaches sont débarqués dans l&rsquo;Ile, 10 000 en 1858. Le nombre d&rsquo;Indiens est cependant supérieur au nombre d&rsquo;Africains malgré la préférence de la population pour la main-d&rsquo;œuvre de cette origine. En effet, l&rsquo;activité des maisons de commerce s&rsquo;occupant du recrutement des engagés est beaucoup plus intense en Inde qu&rsquo;en Afrique, ce qui explique le rythme plus rapide d&rsquo;introductions des bras indiens. Néanmoins, entre 1850 et 1870, le nombre d&rsquo;Africains recrutés pour travailler dans les sucreries de l&rsquo;Ile permet de combler en partie les vides créés dans les ateliers de sucreries par le refus de travail des affranchis de 1848.</p>
<h3 style="text-align:justify;">CHAPITRE III : REVOLUTION INDUSTRIELLE ET REVOLUTION SUCRIERE A LA REUNION AU XIX SIECLE</h3>
<p style="text-align:justify;">Comme en Europe occidentale, la révolution transforme le paysage économique et sociale des colonies françaises. Le capitalisme qui fait son apparition dans l’Ile modifie les structures économiques et financières de la colonie.</p>
<h4 style="text-align:justify;">I – LA REVOLUTION INDUSTRIELLE A LA REUNION.</h4>
<p style="text-align:justify;">Depuis le début de son essor, l&rsquo;économie sucrière a modifié la structure agraire de la colonie. Revenons en quelques lignes sur l&rsquo;héritage économique. La canne à sucre fait l’objet d’une exploitation agricole et industrielle au début du XIX ème siècle. Les premières usines artisanales apparaissent toutefois à la fin du XVIIIème siècle, Laisné de Beaulieu à Saint-Benoît et Azéma du Tilleul à Bras Panon ayant tenté de développer la production de sucre dans la colonie. Le manque de sucre en France après les guerres napéoléonniennes est un facteur déterminant pour l’économie sucrière à La Réunion. En 1815, Charles Desbassayns, pionniers de l’industrie du sucre, construit au Chaudron ( à Saint-Denis) une usine à manège en fer importée d’Angleterre. En 1817 il achète une pompe à vapeur de 6 chevaux commandé à la manufacture anglaise de Falwett et Preston. Actionné par des cylindres horizontaux, le moulin fontionne jusqu’en 1850. L’activité sucrière se développe vite après 1817 et l’Ile compte 91 moulin à sucre en 1820, 135 en 1821, 168 en 1822. Le nombre de moulin à vapeur passe de 1 en 1817, 84 en 1830 alors que celui des moulins à bras de 19 en 1820 à 4 en 1831. La révolution industrielle se manifeste ainsi à Bourbon avec l’accroissement des moulins à vapeurs et de nouvelles innovations techniques.</p>
<p style="text-align:justify;">L&rsquo;émancipation des esclaves, provoquant la ruine des petits propriétaires de l&rsquo;Ile, accélère le phénomène de concentration foncière. De 1848 à 1863, la canne à sucre, culture déjà dominante, a absorbé les quelques terres vivrières encore inexploitées. Pendant cette période la production augmente considérablement. La canne à sucre conquiert les meilleures terres de l&rsquo;Ile. Les terres cultivées en plantes vivrières disparaissent des régions basses et cèdent la place aux nouvelles plantations de cannes à sucre. Les surfaces vivrières passent de 41 000 hectares en 1850 à 27 000 hectares en 1857. L&rsquo;étude de la progression de l&rsquo;activité sucrière permet de cerner avec précision l&rsquo;importance de ce secteur dominant de l&rsquo;activité économique de l&rsquo;Ile. La courbe de production est ascendante et atteint son maximum à la fin de la décennie soixante avec une estimation de 81 634 tonnes, production record jamais dépassée pendant tout le XIXème siècle. L&rsquo;arrondissement sous le vent fournit autant de sucre que l&rsquo;arrondissement au vent. La comparaison des productions réalisées dans les communes du Nord-Est et celles des communes du Sud-Est montre un partage sensiblement égal quant à la répartition de la quantité de sucre produite. Le cheptel des mulets et des bovins s&rsquo;accroît respectivement de 51,66 % et de 69,17 % en l&rsquo;espace de 10 ans. L&rsquo;Ile possède 5 545 mulets et 3 403 bovins. L&rsquo;augmentation considérable du cheptel de trait est parallèle à l&rsquo;accroissement rapide de la production sucrière pendant cette période. Ces animaux sont surtout indispensables pour le transport des cannes à sucre des champs à l&rsquo;usine pendant la période de récolte. L&rsquo;augmentation de la production est parallèle à l&rsquo;extension des surfaces cultivées. Par rapport à l&rsquo;année 1850, le pourcentage de progression des surfaces cultivées en canne à sucre atteint le chiffre record de 130 % en 1856. L&rsquo;intérêt pour la canne à sucre se manifeste aussi au niveau de l&rsquo;augmentation de la valeur des terres à sucre. L&rsquo;hectare des terres à cannes s&rsquo;élève à 1 684 francs en 1850, 1956 francs en 1855, 2658 francs en 1860, 2758 francs en 1861, correspondant à un accroissement de 63,7 % par rapport aux prix de l&rsquo;année 1850. Or pour la même&nbsp;période, la valeur des terres à café n&rsquo;augmente que de 18,45 %. La canne à sucre est&nbsp;donc devenue une véritable monoculture malgré la survivance du café, des épices et même du coton. L&rsquo;augmentation du nombre d&rsquo;usines démontre que la centralisation des capacités de production, proposée par plusieurs usiniers dans la période précédant l&rsquo;abolition ne s&rsquo;est pas réalisée immédiatement après l&rsquo;émancipation. Toutefois, on constate une importante hausse de la valeur des établissements sucriers. Une sucrerie coûtait en moyenne 115 840 francs en 1851. Le prix moyen de la sucrerie s&rsquo;élève à 243654 francs en 1857, soit une augmentation de 110,33 % ! Le développement considérable de l&rsquo;industrie sucrière provoque une véritable mutation du monde rural après l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage. La sucrerie se métamorphose de jour en jour et devient plus performante grâce à l&rsquo;injection de nouveaux capitaux dans le circuit économique de l&rsquo;Ile. Des bailleurs de fonds locaux et surtout la société du Crédit Foncier Colonial, société financière métropolitaine qui s&rsquo;installe à La Réunion en 1863, prennent une place importante dans l&rsquo;économie coloniale. L&rsquo;augmentation de la production sucrière, résultant d&rsquo;une conjoncture favorable, est cependant de courte durée car la chute de la rentabilité, conséquence de l&rsquo;épuisement des sols, de la liberté commerciale en Europe, de la maladie de la canne à sucre en 1863 et d&rsquo;une série de mauvaises années climatiques plonge l&rsquo;Ile en 1863 dans un profond marasme économique qui se prolongera jusqu&rsquo;en 1914 ! Après avoir connu une courte période d&rsquo;euphorie économique, la société réunionnaise est frappée par la crise du système de la plantation, centrée sur l&rsquo;activité sucrière, aboutissement d&rsquo;une évolution structurelle d&rsquo;une économie fragile et extravertie.</p>
<h4 style="text-align:justify;">II – UNE ECONOMIE DE PLANTATION</h4>
<p style="text-align:justify;">En ces premières années de la IIIème République, l&rsquo;économie réunionnaise possède&nbsp;toutes les caractéristiques de la plantation type qu&rsquo;on retrouve dans les autres colonies françaises ou britanniques : l&rsquo;intégration au marché européen, l&rsquo;extraversion, la dépendance, l&rsquo;inarticulation. De 1870 à 1914, l&rsquo;économie réunionnaise ne se relève pas du marasme provoqué par la crise sucrière et les expropriations réalisés par le Crédit Foncier Colonial. Dépendante du marché européen, elle subit les contrecoups des fluctuations économiques et politiques. Cette situation difficile est aggravée par la réforme monétaire de 1879 dont l&rsquo;application a des conséquences perverses dans le domaine social. Les « Kreutzers », pièces de monnaie autrichiennes introduites dans l&rsquo;Ile en 1859 par la famille Kerveguen, n&rsquo;ont plus de cours sur le marché de l&rsquo;Ile.</p>
<p style="text-align:justify;">Débiteurs de l&rsquo;extérieur, les grands propriétaires créoles ne parviennent pas à surmonter les problèmes technologiques de la fin du XIXème siècle. Certes, des efforts importants sont accomplis pour améliorer la gestion des propriétés sucrières, surtout par le Crédit Foncier Colonial, et augmenter les rendements agricoles avec l&#8217;emploi de la charrue et le renouvellement des variétés de cannes à sucre. De même, des mesures sont prises pour combattre les maladies de la canne et pour diminuer le nombre d&rsquo;usines à sucre par la centralisation des équipements. La construction d&rsquo;une voie ferrée est envisagée dans les années 1870-1875, parallèlement au projet d&rsquo;un grand port de mer. Votée en 1875, la première ligne de chemin de fer Saint-Denis à Saint-Benoît est mise en service le 11 février 1882. Après l&rsquo;inauguration du chemin de fer, celle du port de la Pointe des Galets le 1er septembre 1886 est un événement important dans l&rsquo;histoire économique de la colonie. L&#8217;emploi du bateau à vapeur se généralise à la fin du XIXème siècle rapprochant l&rsquo;Ile de l&rsquo;Europe et permettant le transport d&rsquo;une plus grande quantité de marchandises. Malgré les progrès réalisés, l&rsquo;Ile ne parvient à retrouver le niveau de développement de la courte période d&rsquo;euphorie des années 1848-1862. Seuls le Crédit Foncier Colonial et la grande famille Kerveguen résistent à la crise de la plantation. Celle-ci est accentuée par la fin de l&rsquo;immigration indienne après la décision du gouvernement britannique en 1882. Malgré l&rsquo;acharnement des grands propriétaires à vouloir la reprise de l&rsquo;immigration africaine, on parvient à introduire 2 293 provenant de la côte orientale d&rsquo;Afrique, la colonie doit se résoudre à trouver d&rsquo;autres solutions, notamment le colonat partiaire pour réorganiser le travail colonial. L&rsquo;interdiction de l&rsquo;immigration indienne en 1882 a contraint la colonie à revoir sa politique de l&#8217;emploi. Après 1883, l&rsquo;organisation du travail, fondée sur le système du colonat partiaire, forme de métayage spécifique à la plantation destinée à attirer les descendants d&rsquo;esclaves, les indiens ayant terminé leur engagement et les métis créoles, se généralise sur les grandes&nbsp;plantations. Les propriétaires terriens trouvent le moyen par des contrats oraux passés avec la population pauvre de l&rsquo;Ile installée illégalement sur le pourtour des domaines, d&rsquo;éviter une appropriation de leur terre qui avait rendu possible l&rsquo;application de la loi trentenaire1. Le colonat partiaire permet surtout de réintégrer les affranchis de 1848 dans le circuit de l&rsquo;économie de plantation. Par contrat tacite, le « colon » obtient du grand propriétaire un terrain à mettre en valeur, des semences, des avances remboursables, la jouissance d&rsquo;un petit jardin pour des cultures d&rsquo;appoint. En contrepartie, le « colon » entretient les chemins d&rsquo;exploitation, cultive la canne à sucre, et reçoit les deux tiers de la récolte. Ce système de production devient la solution de rechange au problème de la main d&rsquo;œuvre au début du XXème siècle. Le colonat partiaire permet en outre à la bourgeoisie de placer sous influence la population rurale défavorisée. Les descendants d&rsquo;esclaves ou d&rsquo;engagés indiens et africains entrent dans la clientèle politiques des détenteurs de la terre. Les avances remboursables rendent les colons dépendants de leurs bailleurs de fonds. De plus, l&rsquo;autorité morale du grand propriétaire lui confère une influence dans la vie quotidienne de ses colons. La vie politique de l&rsquo;Ile dominée par les grands planteurs et usiniers pendant toute cette période est marquée par le clientélisme colonial issu de l&rsquo;évolution économique du système de plantation.</p>
<p style="text-align:justify;">Pour lutter contre les difficultés de la fin du XIXème siècle, la colonie essaie la&nbsp;diversification agricole, tentative qui se traduit par la relance des anciennes productions en déclin comme la culture du cacao, ou celle du café, l&rsquo;utilisation de plantes nouvelles tels la vanille, les plantes à parfum, l&rsquo;aloès, le vacoa, le thé… Les planteurs expérimentent même l&rsquo;élevage des autruches à plumes ! La plupart de des tentatives agricoles échouent à l&rsquo;exception de la culture de la vanille et des plantes à parfum qui transforment certaines régions de l&rsquo;Ile. On recense 4 200 hectares de vanille en 1882 et 200 000 plants d&rsquo;Ylang-Ylang en 1910. De même, l&rsquo;Ile cultive le vétyver et le géranium au début du XIXème siècle. Les tentatives de diversification ne remettent pas cause la primauté de l&rsquo;activité sucrière. Celle-ci reste contrôlée par le Crédit Foncier Colonial et les grandes familles créoles qui retrouvent leur autorité au lendemain de la première guerre mondiale.</p>
<h3 style="text-align:justify;">CHAPITRE IV : DE LA NAISSANCE DE LA IIIème REPUBLIQUE A LA PREMIERE GUERRE MONDIALE : LE DIFFICILE APPRENTISSAGE DE LA DEMOCRATIE.</h3>
<h4 style="text-align:justify;">I – UNE REPUBLIQUE DESIREE.</h4>
<p style="text-align:justify;">Dès le début d&rsquo;octobre 1870, la nouvelle de la chute de l&rsquo;Empire parvient de manière&nbsp;officieuse dans la Colonie. Le 7 octobre, le docteur François de Mahy, républicain&nbsp;conservateur, dresse déjà un bilan sévère du régime impérial. Il faut attendre le 2&nbsp;novembre et l&rsquo;arrivée du paquebot l&rsquo;Ermirne dans la rade de Saint-Denis pour apprendre officiellement la chute de Napoléon III.</p>
<p style="text-align:justify;">Le gouverneur De Lormel proclame la République le 3 novembre sur la place du Gouvernement. Dans les jours qui suivent commence une campagne électorale pour la désignation de deux députés réunionnais. Entre le 7 novembre et le 20 novembre, la renaissance du suffrage universel redonne vie aux débats politiques dans la Colonie. Les deux candidats républicains modérés (De Mahy et Alexandre Laserve) l&#8217;emportent&nbsp;aisément. Ce premier scrutin est marqué par un taux d&rsquo;abstention proche de 45%. A&nbsp;cet abstentionnisme notable s&rsquo;ajoute rapidement un autre phénomène: la fraude, qui&nbsp;tout au long de la IIIème République (et au-delà) affaiblit le suffrage universel.</p>
<p style="text-align:justify;">Situation singulière: le 30 novembre, le gouverneur entre en possession d&rsquo;un courrier du contre-amiral A. Roussin, chef de cabinet du ministère des colonies l&rsquo;informant que «le gouvernement de défense nationale a cru devoir modifier les résolutions que je vous ai notifiées et ajourner de nouveau les élections à une époque indéterminée ». Le ministre depuis Tours (courrier daté du 13 octobre) demande au gouverneur De Lormel d&rsquo;attendre de nouvelles instructions pour convoquer les électeurs de La Réunion. L’Ile est donc en avance d&rsquo;un scrutin! Les comités républicains stimulés par la renaissance du suffrage universel veulent faire des deux parlementaires récemment élus des représentants officieux de la Colonie auprès du gouvernement. Les deux députés constituants font le voyage entre Marseille (ils y arrivent le 18 janvier) et Bordeaux où la nouvelle Assemblée valide leur élection.</p>
<p style="text-align:justify;">Pendant toute la durée de leur mandat, les deux édiles adressent à la Colonie de&nbsp;nombreuses et longues lettres, qui ont valeur de comptes-rendus de leurs activités et de commentaires des événements parisiens. La presse réunionnaise assure le relais et une infime partie de la population suit ainsi les principaux débats de la vie politique française. A Versailles, les deux députés, proches de la Gauche républicaine, se retrouvent dans la conception républicaine de Thiers, puis des républicains de gouvernement (1879-1885).</p>
<p style="text-align:justify;">Pour les législatives de 1876, François de Mahy entame son premier voyage de Marseille vers St Denis de La Réunion pour mener une grande tournée électorale dans les communes de l’île. Nous avons une assez bonne connaissance de cette période électorale grâce aux documents laissés par de Mahy (Autour de l&rsquo;île Bourbon et de Madagascar, Fragments de lettres familières, Paris, Alphonse Lemerre, 1891).</p>
<p style="text-align:justify;">Un mois après son départ, le 13 février, de Mahy arrive à Saint-Denis. Sa campagne&nbsp;électorale dure plus de huit semaines avec un double objectif: renouer le contact sur le terrain avec les élus, la population et parvenir à créer les conditions nécessaires à une plus forte participation que lors des scrutins locaux de 1873-1875.</p>
<p style="text-align:justify;">Dans ces jours de campagne électorale, et non de batailles électorales puisque de Mahy est sans adversaire officiellement déclaré, le député sortant rencontre les soutiens politiques avec lesquels il correspond depuis Paris. Ils constituent ce réseau de fidélités politiques sur lequel il s&rsquo;appuie. Le parti conservateur, qui se qualifie de parti du bon sens, a renoncé à présenter un candidat. Le dimanche 9 avril 1876, c&rsquo;est sans surprise que de Mahy apprend dans la nuit sa réélection. Seule ombre à ce tableau électoral : une forte abstention – 23.000 sur 34.000 électeurs inscrits, soit 67% d&rsquo;abstentions.</p>
<p style="text-align:justify;">L&rsquo;élection réunionnaise de 1876 confirme l&rsquo;ancrage républicain de la Colonie. La Colonie républicaine, fière de l&rsquo;histoire nationale, ne marchande pas son soutien et marche d&rsquo;un même pas avec le gouvernement de Jules Simon.</p>
<p style="text-align:justify;">Lors de la crise de mai 1877, De Mahy est de nouveau le seul représentant. Dans la&nbsp;logique de campagne de Gambetta, le député sortant s&rsquo;est approprié le thème de l&rsquo;Ordre (ordre républicain!) face à un gouvernement monarchiste. Tout au long de cette campagne, l&rsquo;élite républicaine coloniale se montre très proche et très semblable à celle de métropole. La Colonie, avec la troisième victoire de F. de Mahy, mais une participation d&rsquo;un peu plus d’un tiers des inscrits, est une fois encore associée aux succès de la République.</p>
<p style="text-align:justify;">Les notables qui impulsent cette Colonie républicaine, « petite France de l&rsquo;océan Indien » développent aussi des projets de conquête vers Madagascar. Ces républicains&nbsp;réunionnais sont des thuriféraires de la politique coloniale de la France. En soutenant, voire en définissant la politique extérieure française, les élus réunionnais veulent que la métropole considère La Réunion, vieille colonie, comme une alliée dans l&rsquo;océan Indien.</p>
<p style="text-align:justify;">En 1882, François de Mahy, surnommé « le grand créole », devenu ministre des Colonies,&nbsp;lance une campagne militaire contre la grande île. Les combats font rage pendant douze années. Le concept de colonie colonisatrice naît et s&rsquo;affirme. En 1896, Madagascar est annexée. La reine Ranavalona III est exilée à La Réunion. Galliéni peut déclarer que « la France doit de voir son drapeau sur Tananarive » à François de Mahy.</p>
<h4 style="text-align:justify;">II : UNE REPUBLIQUE QUI SE CHERCHE…</h4>
<p style="text-align:justify;">Au tournant du siècle, les notables reprennent le discours républicain et nationaliste des différents gouvernements. Lucien Gasparin devient député en 1906. Il reçoit le soutien officiel de F. de Mahy, qui « le place dans le sillage des grandes figures politiques réunionnaises de la Troisième République « . Dans cette première décennie du siècle, les gouverneurs Paul Samary (1901-1905), Adrien Bonhoure (1906-1907), Camille Guy (1908-1910), Pierre-François Rodier (1910-1912) Auguste Garbit (1912-1913) et Alfred Duprat (1912-1919) gérent une période de grandes tensions politiques entre formations se réclamant de la droite conservatrice et du parti radical-socialiste. Période marquée par la crise née de la séparation de l&rsquo;Eglise et de l&rsquo;Etat dans une société profondément catholique et par les très violents affrontements lors des élections de 1910 et de 1914. En 1914, il y a 12 morts et 150 blessés.</p>
<p style="text-align:justify;">Cette même année, la déclaration de guerre provoque un grand élan patriotique. La mobilisation des esprits depuis de longues années explique en partie l&rsquo;engagement des Réunionnais dans ce premier conflit mondial. A la caserne Lambert de Saint-Denis, le nombre des volontaires est impressionnant. Le paquebot Djemmah emporte un premier contingent de soldats vers le front du Nord de la France. Pendant ces quatre années, ce sont 15.000 Réunionnais qui parviendront sur le sol de la métropole, fiers de prouver une nouvelle fois leur attachement à la France. Ils sont dans un premier temps incorporés dans les troupes coloniales, puis dès 1917 dans les troupes métropolitaines. De 1914 à 1918, la guerre qui entrave d&rsquo;abord considérablement les relations de la colonie avec l&rsquo;extérieur, provoque une plus-value considérable des prix de vente tant à l&rsquo;importation qu&rsquo;à l&rsquo;exportation. La Réunion se retrouve dans une situation économique critique avec une production sucrière qui subit la crise du frêt. La situation géographique du front dans les régions productrices de betteraves fait du sucre une denrée rare et cher. Comme le note A. Scherer: « A la fin de la guerre les grands propriétaires, les usiniers, les commerçants, se trouvaient pour la première fois depuis soixante ans à la tête de capitaux importants ».</p>
<p style="text-align:justify;">A contrario, les augmentations du prix du riz aggravent les conditions de vie des&nbsp;familles modestes. Dans un appel à la population, le gouverneur Duprat, le 21 juillet 1917, demande aux colons et aux cultivateurs pour compenser les approvisionnements de riz de développer les productions de maïs, de pommes de terre, de haricots. Au quotidien, les rations s&rsquo;imposent, les déplacements sont difficiles, le petit train de St Benoît à St Pierre fonctionne avec du bois, les quelques voitures roulent avec un mélange d&rsquo;alcool de canne et d&rsquo;essence.</p>
<p style="text-align:justify;">A l&rsquo;annonce de l&rsquo;armistice, la Colonie célèbre la victoire tout en mesurant le prix humain payé par les familles réunionnaise. Le retour des troupes se fait progressivement. En mars 1919, Le Madona, bateau qui transporte plusieurs centaines de soldats « apporte » dans l&rsquo;île le virus de la grippe espagnole. Cette terrible épidémie frappe la population réunionnaise (les chiffres varient entre 5000 et 10.000 morts) pendant près de quatre mois.</p>
<p style="text-align:justify;">La page du premier conflit mondial se tourne lentement…</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Source</strong> : <a href="http://www.cresoi.fr/-Histoire-moderne-et-contemporaine-" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Site du CRESOI</a></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Le premier syndicalisme réunionnais (1887-1911) , Prosper Eve</title>
		<link>https://www.histoire-reunion.re/le-premier-syndicalisme-reunionnais-1887-1911-prosper-eve/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Histoire Réunion]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Apr 2017 19:15:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire de la Réunion]]></category>
		<category><![CDATA[Le servilisme (engagisme)]]></category>
		<category><![CDATA[engagisme]]></category>
		<category><![CDATA[servilisme]]></category>
		<category><![CDATA[syndicalisme]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.histoire-reunion.re/?p=69</guid>

					<description><![CDATA[Prosper Eve, Professeur d&#8217;Histoire à la Réunion. En mai 1853, le syndicat général des immigrants naît. Le personnel se compose&#8230; <a class="read-more" href="https://www.histoire-reunion.re/le-premier-syndicalisme-reunionnais-1887-1911-prosper-eve/">Continuer la lecture</a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Prosper Eve, Professeur d&rsquo;Histoire à la Réunion.</p>
<p style="text-align:justify;">En mai 1853, le syndicat général des immigrants naît. Le personnel se compose d&rsquo;un syndic général et dans chaque commune, un syndic communal est placé sous ses ordres. Le syndic général exerce ses fonctions sous la haute bienveillance du directeur de l&rsquo;Intérieur. Il est le représentant légal de tous les immigrants asiatiques et africains, dans tous les cas où ils ont des réclamations à faire pour l&rsquo;exécution de leurs contrats d&rsquo;engagement. Le plaignant doit s&rsquo;adresser au syndic communal lequel transmet sa plainte au syndic général. Ce dernier doit faire deux tournées par an dans toute la colonie pour visiter les propriétés ayant au moins vingt engagés. Il veille à l&rsquo;application de toutes les prescriptions concernant le logement, la nourriture, les vêtements, le paiement des salaires, la tenue des hôpitaux, la discipline des ateliers, la durée du travail, la corvée du dimanche. Il dresse un procès verbal si ces prescriptions ne sont pas suivies. Si les infractions au contrat d&rsquo;engagement sont commises par un ou plusieurs immigrants et si le syndic général juge que les moyens de conciliation sont insuffisants, il adresse un procès-verbal au juge de paix du canton dans un délai de vingt-quatre heures. En cas de délit grave, le syndic général peut faire arrêter les immigrants coupables et les adresser au juge de paix du canton. Il peut faire des visites extraordinaires dont la durée est fixée par le directeur de l&rsquo;Intérieur.</p>
<p style="text-align:justify;">L&rsquo;arrêté du 30 août 1860 concernant la répartition des immigrants à leur arrivée et le régime de leur protection dans la colonie porte création d&rsquo;un syndicat protecteur des immigrants au chef-lieu de chaque arrondissement. Il est composé du procureur impérial ou d&rsquo;un de ses substituts, assisté d&rsquo;un avocat ou d&rsquo;un avoué désigné chaque année par la cour, d&rsquo;un conseiller municipal désigné par le gouverneur. Ce syndicat est chargé d&rsquo;assister les immigrants dans leurs recours judiciaires. Il peut poursuivre d&rsquo;office devant les tribunaux la résiliation des engagements lorsque les conditions d&rsquo;hygiène et de salubrité ne sont pas observées à l&rsquo;égard des immigrants. Des syndics sont institués auprès de chaque justice de paix. Le syndicat d&rsquo;arrondissement reçoit par l&rsquo;intermédiaire des syndics cantonaux les plaintes et les réclamations des immigrants pouvant aboutir à une action judiciaire.</p>
<p style="text-align:justify;">Au milieu du XIXe siècle, même si le mot syndicat fait partie du vocabulaire local, son acception est assez particulière. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une « association permanente de salariés qui se propose de défendre et d&rsquo;améliorer leur contrat de travail » ou d&rsquo;une « association ayant pour objet la défense d&rsquo;intérêts professionnels » et encore moins « d&rsquo;une association permanente des ouvriers ayant pour but le maintien et l&rsquo;amélioration de la classe ouvrière ». Il s&rsquo;agit seulement d&rsquo;une structure chargée d&rsquo;éviter les abus de la part des engagistes et des engagés et de protéger ces derniers</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Lire la suite de l&rsquo;article :</strong></p>
<p style="text-align:justify;"><span id="more-69"></span></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="https://histoire974.files.wordpress.com/2015/06/reunion_syndicalisme.pdf">Télécharger le PDF</a></p>
<p>[googleapps domain= »docs » dir= »viewer » query= »url=https%3A%2F%2Fhistoire974.files.wordpress.com%2F2015%2F06%2Freunion_syndicalisme.pdf&amp;embedded=true » width= »600&Prime; height= »780&Prime; /]</p>
<p><a href="http://www.cresoi.fr/-Histoire-moderne-et-contemporaine-" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Source : Site du CRESOI</a></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Le servilisme à la place du concept d&#8217;engagisme pour définir le statut des travailleurs immigrés ou affranchis  après l&#8217;abolition de l&#8217;esclavage en 1848. (Sudel Fuma)</title>
		<link>https://www.histoire-reunion.re/le-servilisme-a-la-place-du-concept-dengagisme-pour-definir-le-statut-des-travailleurs-immigres-ou-affranchis-apres-labolition-de-lesclavage-en-1848-sudel-fuma/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Histoire Réunion]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 02 Apr 2017 17:57:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire de la Réunion]]></category>
		<category><![CDATA[Le servilisme (engagisme)]]></category>
		<category><![CDATA[engagisme]]></category>
		<category><![CDATA[servilisme]]></category>
		<category><![CDATA[sudel fuma]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.histoire-reunion.re/?p=50</guid>

					<description><![CDATA[&#160;Le concept d&#8217;Engagisme fondé sur les nombreux textes&#160;juridiques élaborés tout au long du XIXème siècle par les autorités&#160;coloniales ( locales&#8230; <a class="read-more" href="https://www.histoire-reunion.re/le-servilisme-a-la-place-du-concept-dengagisme-pour-definir-le-statut-des-travailleurs-immigres-ou-affranchis-apres-labolition-de-lesclavage-en-1848-sudel-fuma/">Continuer la lecture</a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">&nbsp;Le concept d&rsquo;Engagisme fondé sur les nombreux textes&nbsp;juridiques élaborés tout au long du XIXème siècle par les autorités&nbsp;coloniales ( locales ou nationales ) est-il utilisé à bon escient pour&nbsp;définir la situation juridique des travailleurs engagés immigrants ou&nbsp;affranchis des colonies françaises au XIXème siècle ?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, jusqu&rsquo;à ce jour, les historiens ont employé&nbsp;cette notion&nbsp; d&rsquo;engagisme pour qualifier la nature du travail des&nbsp;individus concernés par l&rsquo;existence d&rsquo;un contrat de travail&nbsp; et donc&nbsp;d&rsquo;un consentement de deux parties qui s&rsquo;obligent pour exécuter leurs&nbsp;engagements réciproques. Théoriquement, la notion d&rsquo;engagisme suppose&nbsp;l&rsquo;existence d&rsquo;un contrat synallagmatique ( d&rsquo;un verbe grec signifiant&nbsp;: lier ensemble ) ou bilatéral contenant l&rsquo;engagement des&nbsp;contractants. Dans ce contrat synallagamatique, les obligations de&nbsp;l&rsquo;engagé et de l&rsquo;engagiste sont interdépendantes et impliquent le&nbsp;respect des clauses du contrat. De plus, pour que le contrat soit&nbsp;juridiquement fondé, il est nécessaire que l&rsquo;engagement soit&nbsp;volontaire et oblige les deux parties parce qu&rsquo;il a été voulu. Le&nbsp;contrat d&rsquo;engagement ayant été librement consenti, il devient&nbsp;nécessairement juste et donc juridiquement fondé au regard du droit.&nbsp;Parmi les conditions pouvant &nbsp;justifier la réalité du contrat, le&nbsp;consentement et la capacité de contracter sont déterminantes pour&nbsp;justifier l&#8217;emploi de la notion d&rsquo;engagisme. De plus le respect des&nbsp;clauses et à contrario le fait que le consentement ne soit pas vicié&nbsp;par l&rsquo;erreur, la violence ou <a href="http://www.dictionnaire-juridique.com/definition/dol.php" target="_blank" rel="noopener noreferrer">le dol</a>&nbsp;sont des conditions impératives&nbsp;pour justifier l&#8217;emploi de ce concept d&rsquo;engagisme… Or l&rsquo;analyse&nbsp;historique des conditions dans lesquels sont recrutés les travailleurs&nbsp;nous amène à dénoncer le terme « d&rsquo;engagisme » et à proposer son&nbsp;remplacement par un nouveau concept : celui de&nbsp; « servilisme » qui nous&nbsp;semble plus apte à traduire la véritable situation des travailleurs de&nbsp;la colonie, immigrés ou non, au XIXème siècle.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Trois éléments&nbsp; constitutifs sont à la base de notre&nbsp;raisonnement et nous permettent de revisiter l&rsquo;histoire des&nbsp;travailleurs dit « libres et affranchis » à partir d&rsquo;une définition&nbsp;conceptuelle &#8211; le servilisme &#8211; qui écarte l&rsquo;idée contractuelle&nbsp;contenue dans le concept d&rsquo;engagisme. Ils sont les suivants :</p>
<p>&#8211; Le caractère discriminatoire des contrats d&rsquo;engagement.</p>
<p>&#8211; La violence exercée sur l&rsquo;esclave libéré dans le cadre du&nbsp;« rachat préalable ».</p>
<p>&#8211;&nbsp;Le caractère dolosif des contrats.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span id="more-50"></span></p>
<h3></h3>
<h3 style="text-align: justify;">1/ Le caractère discriminatoire des contrats d&rsquo;engagement.</h3>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Le système des contrats de travail concernant les travailleurs&nbsp;étrangers et affranchis ne respecte pas les droits imprescriptibles de&nbsp;liberté et d&rsquo;égalité inscrits dans les principes de la déclaration des&nbsp;droits de l&rsquo;homme du 26 août 1789. L&rsquo;article 1,&nbsp; l&rsquo;article 2 et&nbsp;l&rsquo;article 6 de ce texte fondateur de la République ont été violés par&nbsp;les institutions pendant toute la période de l&rsquo;engagisme<a href="#note1" name="text1">[1]</a>. Que dit&nbsp;l&rsquo;article 1 :  » Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en&nbsp;droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur&nbsp;l&rsquo;utilité commune ». Dans le contexte politique du XIXème siècle, cet&nbsp;article n&rsquo;est pas appliqué aux travailleurs indiens, africains et&nbsp;affranchis des colonies françaises. En effet, les autorités coloniales&nbsp;opèrent une distinction entre les Affranchis, les Indiens et les&nbsp;Africains quant à la durée du contrat d&rsquo;engagement uniquement à partir&nbsp;de l&rsquo;origine des individus. Ainsi au lendemain de l&rsquo;abolition de&nbsp;l&rsquo;esclavage l&rsquo;arrêté du 24 octobre 1848 imposent aux seuls affranchis&nbsp;de 1848, nouveaux citoyens de la République française, un engagement&nbsp;obligatoire qui ne concerne pas les anciens propriétaires d&rsquo;esclaves&nbsp;de la colonie ou « libres » n&rsquo;ayant pas possédés d&rsquo;esclaves, à savoir&nbsp;les « petits Blancs des hauts »<a href="#note2" name="text2">[2]</a>.&nbsp; Sujet français, possédant les&nbsp;droits civils et politiques, les descendants d&rsquo;esclaves se voyaient&nbsp;imposer un régime juridique d&rsquo;exception qui viole le principe&nbsp;d&rsquo;égalité inscrit dans l&rsquo;article 6 de la déclaration des droits de&nbsp;l&rsquo;homme et du citoyen. Libérés de la tutelle des anciens maîtres, les&nbsp;affranchis de 1848 doivent se soumettre à des conditions de travail&nbsp;analogues à celles du système de l&rsquo;esclavage. Les motifs de l&rsquo;arrêté&nbsp;donnent toutefois une justification à cette entorse à la liberté des&nbsp;affranchis : celle-ci répond à des nécessités d&rsquo;ordre moral,&nbsp;humanitaires et économique. Pour le représentant de l&rsquo;Etat, la liberté&nbsp;accordée par le décret d&rsquo;émancipation  » ne pouvait subsister sans le&nbsp;travail des affranchis ». C&rsquo;est ainsi que Sarda Garriga, le commissaire&nbsp;de la république chargé d&rsquo;abolir l&rsquo;esclavage à La Réunion,&nbsp; justifie&nbsp;dans sa correspondance au ministre des colonies, les motifs de son&nbsp;arrêté concernant l&rsquo;obligation de contracter un engagement pour les&nbsp;anciens esclaves. Il agit, écrit-il, « pour protéger les affranchis&nbsp;contre les abus des propriétaires, pour assurer la continuité dans le&nbsp;travail, pour éviter la désertion du travail et&nbsp; le vagabondage&nbsp;incompatibles avec l&rsquo;ordre public »<a href="#note3" name="text3">[3]</a>. L&rsquo;obligation de travail n&rsquo;est&nbsp;pas selon le gouverneur une atteinte à la liberté des nouveaux&nbsp;citoyens et les affranchis qui justifie d&rsquo;un lopin de terre, d&rsquo;une&nbsp;industrie ou d&rsquo;un métier quelconque sont dispensés d&rsquo;engagement. En&nbsp;réalité, si les arguments de Sarda Garriga peuvent être fondés sur le&nbsp;plan politique, le caractère discriminatoire de l&rsquo;arrêté du 24 octobre&nbsp;1848 concernant l&rsquo;engagement obligatoire des affranchis constitue une&nbsp;violation au principe d&rsquo;égalité proclamé par la déclaration des droits&nbsp;de l&rsquo;homme et du citoyen. Comment en effet admettre que&nbsp; seuls les&nbsp;affranchis de 1848 étaient soumis à l&rsquo;engagement obligatoire alors que&nbsp;les autres composantes de la population coloniale étaient dispensées&nbsp;de l&rsquo;engagement obligatoire ? Même si le texte prévoyait que les&nbsp;conditions du contrat seraient discutées librement entre les travailleurs et les engagistes, le caractère discriminatoire et&nbsp;obligatoire du contrat rend illégal au vu de la déclaration des droits&nbsp;de l&rsquo;homme et du citoyen le système mis en place par les autorités&nbsp;politiques locales de la Seconde République.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">En ce qui concerne les Indiens et les Africains engagés,&nbsp;le système de recrutement est illégal dans la mesure où il va à&nbsp;l&rsquo;encontre de l&rsquo;article 1 de la déclaration des droits de l&rsquo;homme et&nbsp;du citoyen. Du 27 avril 1848 au 6 décembre 1882, 80 000 Indiens,&nbsp;sujets britanniques ou français, et un peu plus de 40 000 Africains,&nbsp;Comoriens et Malgaches sont introduits à La Réunion avec le statut de&nbsp;travailleur immigré. Or l&rsquo;Etat français introduit un caractère&nbsp;discriminatoire selon l&rsquo;origine ethnique des travailleurs immigrés. En&nbsp;effet, de l&rsquo;arrêté du 17 février 1849 autorisant le recrutement massif&nbsp;de travailleurs étrangers à l&rsquo;arrêté du 10 mai 1858, tous les&nbsp;travailleurs étrangers, quelle que soit leur origine ethnique, étaient&nbsp;soumis à un contrat de travail d&rsquo;une durée de 5 ans<a href="#note4" name="text4">[4]</a>. Prenant en&nbsp;compte les arguments racistes&nbsp; des propriétaires sucriers selon&nbsp;lesquels les Africains, moins habiles que les Indiens par nature,&nbsp;nécessitent une longue période d&rsquo;apprentissage avant d&rsquo;être rentables,&nbsp;l&rsquo;administration locale publie l&rsquo;arrêté du 10 mai 1858 qui fixe le&nbsp;maximum de la durée des engagements de travail des immigrants&nbsp;africains à 10 années<a href="#note5" name="text5">[5]</a>. L&rsquo;arrêté du 2 novembre 1858 étend cette&nbsp;mesure aux immigrants malgaches, satisfaisant les habitants sucriers&nbsp;qui obtiennent gain de cause après plusieurs années de réclamations.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Les contrats d&rsquo;engagés indiens restent fixés à 5 ans, introduisant une&nbsp;inégalité entre les travailleurs immigrés. Malgré l&rsquo;interdiction par&nbsp;le gouvernement impérial de La France interdisant par dépêche&nbsp;ministérielle du 6 janvier 1859 le recrutement de travailleurs&nbsp;immigrés sur la côte orientale d&rsquo;Afrique, de Madagascar et aux Iles&nbsp;Comores, Mayotte et Nossi-bé, les travailleurs africains ou malgaches&nbsp;étant en contrat dans l&rsquo;Île ne sont pas libérés de la nouvelle&nbsp;contrainte de 10 ans par rapport aux autres engagés<a href="#note6" name="text6">[6]</a>. Le caractère&nbsp;inique des contrats est dans ce cas lié à des considérations&nbsp;subjectives quant aux aptitudes naturelles d&rsquo;un groupe ethnique à&nbsp;exercer une activité professionnelle. Le principe de l&rsquo;égalité de tout&nbsp;citoyen devant la loi affirmée dans la déclaration des droits de&nbsp;l&rsquo;homme et du citoyen et qui trouve sa définition quant à la&nbsp;discrimination raciale dans la convention internationale du 7 mars&nbsp;1966 sur toute forme de discrimination raciale permet de mieux&nbsp;appréhender l&rsquo;illégalité des contrats de travailleurs africains et&nbsp;malgaches au XIXè siècle. L&rsquo;article 1 de la convention du 7 mars 1966&nbsp;définissant la discrimination raciale, ratifié par la France par la&nbsp;loi du 28 mai 1971,&nbsp; dit : « il s&rsquo;agit de toute distinction,&nbsp;exclusion, restriction ou préférence, fondé sur la race, la couleur,&nbsp;l&rsquo;ascendance ou l&rsquo;origine nationale ou ethnique qui a pour effet de&nbsp;détruire ou de compromettre la reconnaissance, la jouissance ou&nbsp;l&rsquo;exercice dans des conditions d&rsquo;égalité des droits de l&rsquo;homme et des&nbsp;libertés fondamentales dans les domaines politiques, économiques,&nbsp;social, cultuel ou dans tout autre domaine de la vie publique ».</p>
<p>&nbsp;</p>
<h3 style="text-align: justify;">2/ La violence exercée sur l&rsquo;esclave malgache ou africain&nbsp;libéré dans le cadre de la clause du rachat préalable.</h3>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Du point de vue du droit des contrats, il n’y a point de&nbsp;consentement valable,«&nbsp;s’il a été extorqué par la violence&nbsp;»<a href="#note7" name="text7">[7]</a>. Comment définir la violence dans les contrats de travail imposés&nbsp;aux étrangers africains et malgaches au XIXème siècle ? Une des réponses&nbsp;à cette question est de mettre en évidence la volonté individuelle du&nbsp;contractant et surtout l’existence d’une liberté contractuelle.&nbsp;Substantiellement, le principe de la liberté contractuelle implique la&nbsp;liberté pour chacun des contractants de signer ou de ne pas signer le&nbsp;contrat. Il induit en outre la possibilité pour les contractants de&nbsp;déterminer librement le contenu et d’échanger leur consentement pour&nbsp;la conclusion du contrat. Celui-ci repose sur la volonté des individus&nbsp;qui s’imposent librement des obligations réciproques pendant une&nbsp;période donnée… De même, il est nécessaire de prouver que la violence&nbsp;physique ou morale existe en tant que contrainte en vue d’obtenir un&nbsp;consentement forcé. Si les éléments constitutifs de la violence sont&nbsp;réunis, il y a vice du consentement et nullité de l’engagement.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Appliquer à la clause du rachat préalable en usage en&nbsp;Afrique pour le recrutement des travailleurs à destination des&nbsp;colonies françaises, ces principes de droit permettent de clarifier&nbsp;les conditions dans lesquelles sont élaborés les contrats.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">L’esclavage étant encore pratiqué en Afrique, il était&nbsp;délicat pour le gouvernement français d’autoriser les colons à&nbsp;recruter des engagés dans une région où le système de l’esclavage n’avait&nbsp;pas été aboli<a href="#note8" name="text8">[8]</a>. Après avoir obtenu l’autorisation de recrutement de&nbsp;travailleurs en Afrique, les colons trouvent l’argument juridique qui&nbsp;permette de justifier le recrutement de travailleurs en Afrique. La&nbsp;solution consiste pour les Français à acheter des esclaves à un&nbsp;marchand d’esclave, à les libérer et à l’engager sous contrat pour&nbsp;travailler dans les colonies<a href="#note9" name="text9">[9]</a>. Ce système du rachat préalable est en&nbsp;réalité une opération de traite d’esclaves déguisée. La première étape&nbsp;de la procédure se fait sans le consentement de l’esclave car étant&nbsp;propriété d’un marchand, l’esclave est un objet&nbsp; qui se négocie entre&nbsp;un vendeur et un acheteur. Acheté par le négociant français, il n’est&nbsp;pas véritablement libéré car&nbsp; l’engagement, condition du rachat&nbsp;préalable, lui est imposé par la contrainte. De plus, ne connaissant&nbsp;pas la langue des engagistes au moment de la formation du contrat,&nbsp;l&rsquo;esclave « libéré par la clause du rachat préalable » ignore tout le&nbsp;contenu du contrat qu&rsquo;on lui impose. Vendu par un marchand d&rsquo;esclave&nbsp;d&rsquo;Afrique, arabes ou swahili à un négociant français, il est en&nbsp;réalité un esclave de traite camouflé en prétendu engagé. Tous les&nbsp;éléments constitutifs de la violence physique et morale sont ici&nbsp;réunis. Le travailleur africain n’avait même pas la liberté de refuser&nbsp;de partir car sa liberté avait été achetée par ceux qui l’enrôlaient&nbsp;pour un exil forcé, souvent définitif. Le recrutement de ces esclaves&nbsp;libérés par rachat préalable se déroule dans une atmosphère de terreur&nbsp;et de violence qui évoque la traite des esclaves<a href="#note10" name="text10">[10]</a>.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Les doutes de l’administration sur l’honnêteté des&nbsp;recruteurs sont confirmés par le drame du navire « Le Happy »,&nbsp;véritable navire négrier sur lequel se produit en 1855 une révolte de&nbsp;travailleurs<a href="#note11" name="text11">[11]</a>. Ce navire était sur le point de revenir de&nbsp;Madagascar à destination de La Réunion avec une cargaison de 255&nbsp;immigrants provenant de la côte d’Afrique quand éclate une rébellion&nbsp;qui fait 160 victimes. 209 immigrants se jettent à la mer et la&nbsp;plupart périssent noyés, ne pouvant atteindre le rivage malgache.&nbsp;L’enquête menée par la justice française met en évidence les actes de&nbsp;violence dont sont accompagnés les engagements sur la côte d’Afrique&nbsp;et sur la côte ouest de Madagascar. Les recruteurs ont l’habitude de&nbsp;traiter avec les marchands arabes, vendeurs d’esclaves qui livrent des&nbsp;cargaisons d’hommes aux recruteurs de La Réunion<a href="#note12" name="text12">[12]</a> .</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Deux autres&nbsp;drames, en 1857 et en 1858, renseignent sur le climat de violence dans&nbsp;lequel s’effectue le recrutement de travailleurs. Le 20 novembre 1857&nbsp;un navire de guerre portugais arraisonne le navire « Charles et&nbsp;Georges » où sont « parqués 260 noirs tenus en respect comme des&nbsp;esclaves ». Le second drame est celui du « Regina Caeli », navire&nbsp;nantais qui quitte la France à la fin du mois d’août 1857 à&nbsp;destination de La Réunion. Au cours d’une escale en Afrique, il&nbsp;recrute 271 engagés au Libéria qui sont embarqués le 1er avril 1858.&nbsp;Le 9 avril, un mouvement de révolte oppose les travailleurs à&nbsp;l’équipage, faisant plusieurs morts à bord du navire. L’arrivée d’un&nbsp;navire britannique met fin à la révolte. Les engagés sont libérés et&nbsp;le capitaine est accusé de traite d’esclaves. La plupart des&nbsp;opérations effectuées à Madagascar où sur la côte d’Afrique sont donc&nbsp;des opérations de traite d’esclaves à destination de La Réunion<a href="#note13" name="text13">[13]</a>.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Le consentement des prétendus contrats d’engagement est arraché par la&nbsp;violence qui accompagne les opérations de recrutements. Les contrats&nbsp;de travail d’Africains et de malgaches ont été imposés par les&nbsp;engagistes des colonies et sont donc illégaux.</p>
<p>&nbsp;</p>
<h3 style="text-align: justify;">3/ Le caractère dolosif des contrats.</h3>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Aux termes de l&rsquo;article 1116 du Code civil, le dol est « une cause de nullité de la convention lorsque les manœuvres pratiquées&nbsp;par l&rsquo;une des parties sont telles, qu&rsquo;il est évident que, sans ces&nbsp;manœuvres, l&rsquo;autre partie n&rsquo;aurait pas contracté ». On peut donc&nbsp;entendre par dol, toute ruse, tromperie, manœuvre employée pour&nbsp;induire une personne en erreur et la déterminer à contracter. Le dol&nbsp;est une escroquerie qui consiste dans le fait de tromper une personne&nbsp;par l&#8217;emploi de manœuvres frauduleuses et de la déterminer&nbsp;à fournir un service ou un acte opérant obligations.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Le délit de dol existe-t-il en ce qui concerne les&nbsp;travailleurs immigrés indiens ? Pour répondre à cette question, il&nbsp;faut se référer à la législation complexe qui a été élaborée tout au&nbsp;long du XIXè siècle pour organiser le travail des immigrés. De 1848 à&nbsp;la fin du XIXème siècle, la situation des engagés indiens varie en&nbsp;fonction des textes concernant le travail libre. Les arrêtés du 17&nbsp;février et du 11 juin 1849 autorisent l&rsquo;immigration de travailleurs&nbsp;étrangers et fixe le contrat d&rsquo;engagement à cinq ans. Les conditions&nbsp;d&#8217;emploi, de logement, de rapatriements sont définis par les textes et&nbsp;offrent théoriquement une garantie aux travailleurs sous contrat.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Complétée par le décret du 13 février 1852 et l&rsquo;arrêté du 28 avril&nbsp;1852, la législation sur le travail fixe les modalités de&nbsp;l&rsquo;immigration aux colonies, les engagements de travail et les&nbsp;obligations réciproques des travailleurs et de leurs employeurs. En&nbsp;1860, une convention franco-britannique permet en outre de mieux&nbsp;contrôler l&rsquo;immigration indienne en provenance des territoires&nbsp;britanniques de l&rsquo;Inde.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Dans la réalité la situation des Indiens est totalement&nbsp;différente, l&rsquo;application des textes de droit étant une pure fiction&nbsp;confirmée par l&rsquo;existence de nombreuses sources d&rsquo;archives. Avant même&nbsp;le départ des travailleurs pour les colonies, les éléments dolosifs&nbsp;viciant la procédure contractuelle sont réunis. En effet le&nbsp;recrutement de travailleurs en Inde est assuré par des maisons de&nbsp;commerce qui elles-mêmes emploient des agents spécialisés, les Mestrys,&nbsp;chargés d&rsquo;enrôlés les travailleurs. Les agents recruteurs utilisent à&nbsp;leur tour un réseau de sous-agents ou « Couti-mestrys » n&rsquo;ayant aucune&nbsp;autorisation d&rsquo;exercer cette fonction. Pour aboutir à leurs fins, ils&nbsp;emploient la force, la pression, la drogue, le kidnapping, le&nbsp;mensonge<a href="#note14" name="text14">[14]</a>. En 1853, en l&rsquo;espace de quelques jours, les autorités&nbsp;démantèlent à Pondichéry deux réseaux de recruteurs spécialisés dans&nbsp;l&rsquo;enlèvement des mineurs. Les futurs émigrants étaient emmenés dans&nbsp;des lieux de dépôt après avoir été trompés, accompagnés de&nbsp; mineurs&nbsp;sous le coup de somnifères<a href="#note15" name="text15">[15]</a>. Dans la même année, à Karikal, un&nbsp;autre réseau est découvert par la police qui met en relief le système&nbsp;illégal de recrutement fondé sur le dol. L&rsquo;organisation dirigée par un&nbsp;certain De Souza faisait la chasse aux mineurs dans les campagnes ou&nbsp;dans les quartiers les plus pauvres des villes. Une véritable&nbsp;organisation de recruteurs, encouragée par les maisons de commerces,&nbsp;se met en place en Inde utilisant tous les moyens possibles pour&nbsp;engager les travailleurs indiens. Jusqu’en 1859, le départ des Indiens&nbsp;à destination des colonies françaises des Caraïbes ou de La Réunion se&nbsp;fait dans un contexte proche de celui de la traite des esclaves. 46685 Indiens sont introduits à La Réunion à partir des comptoirs&nbsp;français de Karikal et de Pondichéry<a href="#note16" name="text16">[16]</a>.Les travailleurs (les coulys&nbsp;ou coolies) sont entassés dans des dépôts emmurés où ils attendent&nbsp;sous surveillance pendant plusieurs semaines le départ vers l’Ile de&nbsp;La Réunion<a href="#note17" name="text17">[17]</a>.&nbsp; La convention du 25 juillet 1860 signée entre La&nbsp;France et l’Angleterre permettra aux agents britanniques de vérifier&nbsp;la régularité des opérations de recrutement et de transport, obligeant&nbsp;les maisons de commerce à passer les contrats de service en Inde et non&nbsp;à l’arrivée dans les colonies. Une deuxième convention, signée le 1er&nbsp;juillet 1861, donne la possibilité aux colons français de recruter un&nbsp;nombre illimité de travailleurs en provenance de l’Inde britannique.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Malgré le contrôle pointilleux des fonctionnaires britanniques&nbsp;surveillant désormais l’immigration à partir des ports britanniques et&nbsp;les comptoirs français de l’Inde, les abus se poursuivent jusqu’en&nbsp;1882. 32 451 Indiens sont concernés par ces déplacements vers l’Ile de&nbsp;La Réunion entre 1861 et 1882<a href="#note18" name="text18">[18]</a>.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Si les éléments constitutifs du dol existent déjà à partir&nbsp;du recrutement des Indiens en Inde, on les retrouve dans la situation&nbsp;de ces travailleurs à leur arrivée dans les colonies françaises. Entre&nbsp;1848 et 1860, les Indiens sont considérés comme des sujets de l’Empire&nbsp;colonial français et peuvent faire appel à la justice française s’ils&nbsp;sont victimes d’exactions durant la période de leur engagement. Dans&nbsp;la pratique, le droit des Indiens figurant dans les contrats n’est pas&nbsp;respecté. Les cadences de travail sur les plantations sont&nbsp;excessives<a href="#note19" name="text19">[19]</a>. Sauf dans les cas où les abus sont trop flagrants,&nbsp;l’engagé indien qui intente une action contre la société coloniale est&nbsp;perdant quelle que soit la forme du combat qu’il choisit pour se&nbsp;défendre<a href="#note20" name="text20">[20]</a>. Après la signature de la convention du 25 juillet 1860,&nbsp;la situation de l’Indien n’est plus théoriquement la même car il&nbsp;acquiert un véritable statut d’étranger. L’Indien travaillant à La&nbsp;Réunion est un sujet britannique et peut légitimement revendiquer le&nbsp;respect des droits que les parties signataires de la convention sur&nbsp;l’immigration lui ont officiellement reconnus. Il dispose en outre&nbsp;dans la colonie d’un défenseur accrédité par le gouvernement&nbsp;britannique, le Consul d’Angleterre, qui a pour rôle de surveiller&nbsp;l’application de la réglementation sur l’immigration. Or si l’administration coloniale française est consciente de la nouvelle&nbsp;situation des Indiens introduits dans l’Île, les propriétaires&nbsp;engagistes ne modifient pas leur comportement et continuent à traiter&nbsp;les travailleurs comme ils avaient l’habitude de leur faire avant&nbsp;l’application de la convention franco-britannique sur l’immigration.&nbsp;Les preuves des nombreuses exactions et abus sur les travailleurs ont&nbsp;été recueillies par le Consul britannique affecté à La Réunion.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">L’analyse de la correspondance du Consul montre que la plupart des&nbsp;engagistes ne respectaient pas les clauses des contrats, en&nbsp;particulier celles qui concernent le paiement des salaires ou les&nbsp;cadences de travail<a href="#note21" name="text21">[21]</a>. De même la clause sur les rapatriements est&nbsp;difficilement applicable car les employeurs utilisent des méthodes&nbsp;douteuses pour que les Indiens restent dans la colonie. En effet, pour&nbsp;bénéficier du rapatriement, l’engagé doit se libéré des dettes&nbsp;contractées auprès de son engagiste avant son retour en Inde. Or, par&nbsp;le système des avances accordées par la « boutique de la propriété »,&nbsp;les employeurs endettaient leurs travailleurs. Ne pouvant pas réclamer&nbsp;leur rapatriement en cas de dettes non remboursées, ils se résignaient&nbsp;au réengagement. Une commission internationale en 1877 créé à&nbsp;l’initiative de l’Angleterre met en évidence la situation servile de&nbsp;la population d’origine indienne à La Réunion<a href="#note22" name="text22">[22]</a>. Les résultats de&nbsp;l’enquête des experts internationaux, français et britanniques,&nbsp;conduisent l’Angleterre à interdire l’immigration indienne à&nbsp;destination des colonies françaises en 1882<a href="#note23" name="text23">[23]</a>.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Jusqu’à ce jour, les historiens ont utilisé le concept&nbsp;d’engagisme pour désigner la période qui commence après l’abolition de&nbsp;l’esclavage dans les colonies françaises. La notion d’engagisme&nbsp;laissait supposer qu’un régime contractuel liait des travailleurs et&nbsp;des employeurs avec un consentement établi non vicié par la&nbsp;discrimination, la violence et le dol. Pour que la notion&nbsp;« d&rsquo;engagisme » puisse être appliquée à la situation des travailleurs&nbsp;immigrés&nbsp; et affranchis des colonies françaises ou anglaises au XIXème&nbsp;siècle, il aurait fallu le consentement libre et éclairé de ces&nbsp;derniers. En effet, pour consentir valablement, il faut consentir en&nbsp;pleine connaissance de cause et librement. Telle n&rsquo;est pas la&nbsp;situation dans laquelle se trouve les Africains, les Indiens et les&nbsp;Affranchis après l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage au moment de la formation&nbsp;et de l&rsquo;exécution des prétendus contrats d&rsquo;engagement. Les recherches&nbsp;effectuées par les spécialistes de l’histoire coloniale nous&nbsp;conduisent aujourd’hui à proposer une nouvelle terminologie &#8211; celle du&nbsp;« Servilisme » pour désigner la période historique commençant après&nbsp;l’abolition de l’esclavage en 1848.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi le « Servilisme » ? Parce-que les travailleurs concernés ne sont pas libres et sont assujettis à&nbsp;un système, mais ne sont pas esclaves au sens juridique du terme.&nbsp; Ce&nbsp;concept s’applique aussi bien à la situation de l’engagé indien,&nbsp;africain et affranchi de 1848 des colonies françaises ou des colonies&nbsp;anglaises et permet de clarifier l’histoire coloniale en donnant un&nbsp;vrai sens à la situation réelle des travailleurs assujettis au travail&nbsp;forcé de cette époque.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">SUDEL FUMA</p>
<p style="text-align: justify;">________________________________</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#text1" name="note1">[1]</a> Article 1 de la déclaration des droits de l&rsquo;homme et du citoyen :&nbsp;« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les&nbsp;distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l&rsquo;utilité&nbsp;commune ».</p>
<p style="text-align: justify;">Article 2 :  » Le but de toute association politique est la&nbsp;conservation des droits naturels et imprescriptibles de l&rsquo;homme. Ces&nbsp;droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à&nbsp;l&rsquo;oppression ».</p>
<p style="text-align: justify;">Article 6 :  » La loi est l&rsquo;expression de la volonté générale. Tous les&nbsp;citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs&nbsp;représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit&nbsp;qu&rsquo;elle protège, soit qu&rsquo;elle punisse. Tous les citoyens étant égaux à&nbsp;ses yeux, sont également admissibles à toute dignité, places et&nbsp;emplois publics, selon leur capacité et sans autre distinction que&nbsp;celle de leurs vertus et de leurs talents ».</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#text2" name="note2">[2]</a> Fuma S., Esclaves et citoyens, le destin de 62 000 Réunionnais,&nbsp;histoire de l&rsquo;insertion des affranchis de 1848 dans la société&nbsp;réunionnaise, Saint-Denis, La Réunion, F.R.D.O.I., 1979, 2ème édition&nbsp;1982, 175 p.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#text3" name="note3">[3]</a> Laroche B., Histoire de l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage dans les&nbsp;colonies françaises,&nbsp; tome 1 l&rsquo;Ile de La Réunion, Paris, Firmin Didot,&nbsp;1851, 95 p., p.33. Laroche reprend une lettre de Sarda Garriga dans&nbsp;son ouvrage expliquant pourquoi celui ci a dû prendre la décision de&nbsp;rendre le travail obligatoire pour les anciens esclaves.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#text4" name="note4">[4]</a> Bulletin officiel de l&rsquo;Ile de La Réunion, arrêté du 17 février,&nbsp;année 1849. Idem, arrêté du 10 mai 1858, année 1858.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#text5" name="note5">[5]</a> Bulletin officiel de l&rsquo;Ile de La Réunion, arrêté du 10 mai 1848&nbsp;qui fixe la durée maximum des engagements des Africains à 10 ans,&nbsp;p.180.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#text6" name="note6">[6]</a> Idem, dépêche ministérielle du 6 janvier 1859 adressée au&nbsp;gouverneur de l&rsquo;Ile de La Réunion.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#text7" name="note7">[7]</a> Rovinski J., La&nbsp; violence dans la formation du contrat,&nbsp; Thèse de&nbsp;doctorat, Aix, 1987.<br />
Starck B ;, Roland H., Boyer L.&nbsp; Droit Civil. Les obligations. Litec&nbsp;mai 1998, p.203</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#text8" name="note8">[8]</a> Abdul Sheriff, Slaves, Spices and Ivory in Zanzibar,Tanzania&nbsp;publishing house, 1987, 297 p.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#text9" name="note9">[9]</a> Archives nationale de Zanzibar, BK1:14, correspondance with&nbsp;British Minister and agents in foreign countries and with foreign&nbsp;minister in England relating slave trade, january 1 to december 31,&nbsp;1866. La lettre N°8 ( foreign office, april 14, 1866) donne des&nbsp;renseignements sur les français pratiquant la traite à destination de&nbsp;La Réunion à partir de Mohéli ou de Madagascar. Les esclaves sont&nbsp;emmenés de l&rsquo;Afrique (Kilwa ou Zanzibar) sur des dhows jusqu&rsquo;aux&nbsp;Comores ou Madagascar, vendus aux négociants et transportés à La&nbsp;Réunion comme « engagés ».L&rsquo;Angleterre demande à La France de mettre fin&nbsp;à ce trafic honteux (« to put a stop to a system of recruiting&nbsp;labourers which encourages and perpetuates the slave trade and leads&nbsp;to such deplorable results in the interior and on coast of eastern&nbsp;Africa »).</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#text10" name="note10">[10]</a> Gerbeau H. Coolies et engagés de l’Ile de La Réunion, Colloque&nbsp;international, Leyde, 21-23 avril 1982, p.24.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#text11" name="note11">[11]</a> Archives départementales de La Réunion, 16 K 39, Conseil Privé,&nbsp;séance du 29 mars 1855 et séance du 10 mai 1855</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#text12" name="note12">[12]</a>&nbsp; Idem.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#text13" name="note13">[13]</a> Fuma S. Histoire d’un peuple, La Réunion (1848-1900), Cahiers de&nbsp;notre histoire et Université de La Réunion, 263 p.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#text14" name="note14">[14]</a> A. Esmenard (1851) Archives nationales outre-mer, Inde, C 464, d.587.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#text15" name="note15">[15]</a> Archives nationales outre-mer. Inde. C 465.D.594. rapport mensuel&nbsp;au gouverneur sur le service judiciaire de Pondichéry.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#text16" name="note16">[16]</a> Archives nationales outre-mer (France), C118, D.1011,&nbsp;Immigration, statistiques de 1848 à 1860.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#text17" name="note17">[17]</a> Idem, C382, D.318. Les avances (15 roupies remis par l’agent&nbsp;français) leur sont extorquées par les mestrys qui les surveillent&nbsp;jusqu’au départ du navire. Voir aussi Archives nationales outre-mer&nbsp;Réunion, C.432, D.4615. La construction des dépôts est la conséquence&nbsp;des arrêtés des 6 octobre 1849 et du 15 janvier 1850 qui interdit&nbsp;l’embarquement des coolies au fur et à mesure de leur recrutement.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#text18" name="note18">[18]</a><br />
Weber J., Emigration indienne et commerce maritime : les facteurs&nbsp;de progrès, in Les Etablissements français de l’Inde au XIXe siècle,&nbsp;Tableau, N° 126, p.1081</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#text19" name="note19">[19]</a> Archives départementales de La Réunion, inspection de Charles&nbsp;Oudin, syndic de Sainte-Rose, le 3 août 1857.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#text20" name="note20">[20]</a> Archives nationales outre-mer, Réunion, C.D. 3173, Sévices contre&nbsp;les engagés indiens de La Réunion, plaintes des travailleurs.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#text21" name="note21">[21]</a> Archives départementales de la Réunion,, 168 M 5, correspondance&nbsp;du Consul britannique, lettre du 16 décembre 1865</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#text22" name="note22">[22]</a> Fuma S., De l’Inde du Sud à l’Ile de La Réunion, Université de La&nbsp;Réunion et G.R.A.H.T.E.R, décembre 1999, 222 p, p.54.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#text23" name="note23">[23]</a> Archives départementales de La Réunion, Le Moniteur de La &nbsp;Réunion, le 10 décembre 1882</p>
<p style="text-align: justify;">© Sudel FUMA, Novembre 2001</p>
<p style="text-align: justify;">Source : <a href="https://web.archive.org/web/20070513003537/http://www.historun.com/run/Pub/Le_servilisme.asp" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Historun</a>&nbsp;(site de notre défunt historien Sudel Fuma. Aujourd&rsquo;hui le site n&rsquo;est plus accessible mais les archives de ce site peuvent être&nbsp;récupérées via le site web.archive.org)</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
